Entrée chez l’artiste James Joyce

Comment j’ai relu Ulysse

J’ai donc relu « Ulysse » de Joyce dans la nouvelle traduction de Michel et Michela Gribinski récemment éditée par Les Belles Lettres (2026) dans un très beau volume bilingue dont la jaquette aux couleurs grecques le fait ressembler à l’édition originale de 1922.

C’est la troisième fois que je lis ce texte de manière suivie et intégrale : c’est un livre que je lis depuis longtemps, la première fois dans la traduction Morel révisée Larbaud éditée en Folio Gallimard, la deuxième fois dans la traduction collective Gallimard de 2004. Cette fois-ci, j’ai procédé à une lecture croisée parallèle : après la lecture de chaque épisode dans la traduction Les Belles Lettres, j’ai relu la traduction Morel-Larbaud éditée par Aubert dans la Pléiade. Donc, à la fin de cet été avec Joyce, j’aurai relu Ulysse quatre fois, sans compter la traduction du seul chapitre Les Bœufs du Soleil par Auxeméry et le travail en cours de Guillaume Vissac sur l’Internet.

Ce que j’aime dans ce livre

J’aime observer comment Joyce, virtuose de la langue, déconstruit consciencieusement le carcan étroit du roman du XIXe siècle, pas vraiment pour en réinventer la forme, mais pour ouvrir l’inventaire des possibles en dynamitant la littérature irlandaise. À la lecture, il y a une jouissance à apprécier l’écriture de Joyce, ses techniques de narration, sa créativité sans limites, son inventivité sans cesse surprenante mais pas seulement  ; il réussit à rendre attachants ses personnages principaux : Stephen, Molly et surtout Leopold Bloom, apparemment un homme sans qualités, mais qui finit par se révéler être un honnête homme. On ajoutera la fascination qu’il y a à observer le parcours créatif de Joyce, depuis Stephen le Héros, Gens de Dublin (1914) en passant par Portrait de l’artiste en jeune homme (1916), Ulysse (1922) qui le mènera à Finnegans Wake (1939).

Émotions

C’est l’émotion qui surgit finalement, nous surprend et nous serre le cœur en lisant le monologue intérieur de Molly au dernier épisode, un monologue de la réconciliation et de l’acquiescement, qui nous bouleverse comme nous avait bouleversé le final de la nouvelle « Les morts » à la conclusion de Gens de Dublin.

Limites de cette lecture

Mes recensions n’ont pas d’autre prétention que d’être de simples exercices d’admiration, de petits textes d’hommage et de reconnaissance envers une œuvre et un auteur qui enrichissent ma vie de lecteur (lire à ce sujet la rubrique « Règles du jeu » du blog). On ne trouvera donc pas ici de commentaires savants et/ou critiques sur le texte de Joyce et les traductions, cela n’est pas dans mes compétences. Tout juste puis-je avoir l’ambition d’être un passeur, donnant envie de lire ou de relire, ça ne serait déjà pas si mal. Je donne donc quelques informations sur ce qu’il y a dans le livre et qui me plaît, sur la manière dont c’est écrit et que j’admire. Je ne m’illusionne pas pour autant sur l’intérêt de ce travail, en sachant que ce type de publication ne trouvera que très peu de lecteurs. Mais tant pis, cela a au moins le mérite d’enrichir mes lectures.

Être lecteur passionné, c’est être depuis longtemps entré en résistance, lutter contre tout ce qui veut nous empêcher de lire vraiment. La répression des oiseaux nuit au silence.

Relectures de « Ulysse » de Joyce dans les « Notes de sonneur » :

Ulysse de James Joyce : Partie I, épisodes 1, 2, 3
Ulysse de James Joyce : Partie II, épisodes 4, 5, 6
Ulysse de James Joyce : Partie II, épisodes 7, 8, 9
Ulysse de James Joyce : Partie II, épisodes 10, 11, 12
Ulysse de James Joyce : Partie II, épisodes 13, 14, 15
Ulysse de James Joyce : Partie III, épisodes 16, 17, 18

Petite bibliographie joycienne ayant accompagné ces relectures (les livres que j’ai lus et qui figurent en bonne place dans ma bibliothèque) :

Budgen, Frank. James Joyce et la création d’Ulysse. Denoël 1975
Ellmann, Richard. James Joyce. Biographie. Gallimard 1962
Forest, Philippe. Beaucoup de jours : d’après Ulysse de James Joyce. Éditions C. Defaut 2011
Freund, Gisèle. Trois jours avec Joyce. Denoël 2006
Joyce, James. Ainsi parlait James Joyce. Arfuyen 2023
Joyce, James. Brouillons d’un baiser. Premiers pas vers « Finnegans Wake » Gallimard 2014
Joyce, James. Dubliners. Popular Classic 1996
Joyce, James. Dublinois. Folio Gallimard 1993
Joyce, James. Exils. Folio Gallimard 2012
Joyce, James. Finnegans Wake. Faber & Faber 2002
Joyce, James. Finnegans Wake. Penguin Books 1992
Joyce, James. Finnegans Wake. Traduction de Philippe Lavergne. Gallimard 1982
Joyce, James. Gens de Dublin. Gallimard 1974
Joyce, James. Le chat et le diable. Gallimard 1984
Joyce, James. Les Bœufs du Soleil. Traduction Auxeméry. Le corridor bleu 2022
Joyce, James. Les chats de Copenhague. Grasset 2013
Joyce, James. Lettres à Nora. Rivages poche 2012
Joyce, James. Œuvres I et II. La Pléiade 1995
Joyce, James. Pomes Penyeach. Allia 2012
Joyce, James. Portrait de l’artiste en jeune homme. Folio Gallimard 1992
Joyce, James. Ulysse. Édition bilingue. Les Belles Lettres 2026
Joyce, James. Ulysse. Folio Gallimard n° 4457
Joyce, James. Ulysse. nrf Gallimard 2004
Joyce, James. Ulysses. Penguin Books 1969
Lacan, Jacques. Le séminaire livre XXIII, Le Sinthome (1975-76). Seuil & Le Champ Freudien 2005
Murat, Laure. Passage de l’Odéon. Folio Gallimard n° 4226
Nabokov, Vladimir. Proust, Kafka, Joyce. Stock 1999
Revue Europe. Joyce / Ulysse / 1922. Janvier-Février 2022
Sollers, Philippe. Éloge de l’infini. Gallimard 2001
Sollers, Philippe. Fugues. Folio Gallimard n° 5697
Sollers, Philippe. Improvisations. Gallimard Folio Essais n° 165
Sollers, Philippe. L’écriture et l’expérience des limites. Essais Points Seuil
Sollers, Philippe. La guerre du goût. Gallimard 1994
Sollers, Philippe. Théorie des exceptions. Folio Essais n° 28
Svevo, Italo. Sur James Joyce. Allia 2014
Vinclair, Pierre. Ulysse à l’hôpital. Opérations sur les « Bœufs du soleil ». Revue Europe Joyce/Ulysse 1922, pp. 130-144. Janvier-Février 2022

Et toutes les pages du blog « Les notes de sonneur » consacrées à Joyce en un seul lien : https://sonneur.fr/category/james-joyce/