Ulysse bilingue

James Joyce. Ulysse. Les Belles Lettres 2026

Arrivage du jour : à la veille du Bloomsday est arrivée une nouvelle édition somptueuse de « Ulysse » de James Joyce par les Éditions Les Belles Lettres, dans un beau bleu faisant ressembler le volume à l’édition originale parisienne de 1922. L’édition est bilingue, traduite par Michel et Michela Gribinski, avec une postface de John Cowper Powys.

«Think you’re escaping and run into yourself. Longest way round is the shortest way home »

« On croit s’enfuir et on donne dans soi-même la tête la première. Le plus long voyage n’est jamais qu’un raccourci pour chez soi.» 

Leopold Bloom

La citation en quatrième de couverture nous invite à une expérience de lecture exceptionnelle, qu’on a pu déjà fréquenter dans d’autres éditions. « Ulysse » fait partie de ces livres qu’on lit tout le temps après l’avoir dévoré une première fois ; il est ainsi en compagnie de la « Divine Comédie » de Dante, de « Á la recherche du temps perdu » de Proust, des « Vagues » de Virginia Woolf, de la poésie d’Hölderlin…, parmi les œuvres vers lesquelles on revient régulièrement tout au long d’une vie de lecture et qu’on redécouvre avec des émotions anciennes et nouvelles.

C’est parti donc, dans la tour Martello :

« Stately, plump Buck Mulligan came from the stairhead, bearing a bowl of lather on wich a mirror and a razor lay crossed. »

Ah non, pardon ! :

« Digne et bien en chair, Buck Mulligan émergeait du palier supérieur. Il portait un bol de mousse, avec dessus, en croix, un miroir et un rasoir. »

L’été sera magnifique.

Soleil de la traduction

Joyce, James - Les bœufs du Soleil - traduction Auxeméry - Le corridor bleu 2022
Joyce, James – Les bœufs du Soleil – traduction Auxeméry – Le corridor bleu 2022

Pour les cent ans de la parution de « Ulysse » de James Joyce, c’est la fête éditoriale pour les lecteurs joyciens. 

Après le numéro de la revue Europe récemment consacré à Joyce, Auxeméry publie une traduction jouissive et brillante du 14ème chapitre (Les bœufs du soleil) du grand roman de Joyce, l’un des textes les plus difficiles à transposer de la littérature du XXe siècle. 

Le résultat est épatant, hilarant et excitant, et permet de se replonger avec délices dans l’atmosphère dublinoise du 16 juin 1904. Cette traduction peut être aussi, pourquoi pas, une bonne introduction à la découverte de ce roman pour ceux qui ne l’on pas encore lu.

Joyce, James – Les bœufs du Soleil – traduction Auxeméry – Le corridor bleu 2022

L’Odéonienne

Monnier, Adrienne - Rue de l'Odéon - Albin Michel 2009
Monnier, Adrienne – Rue de l’Odéon – Albin Michel 2009

C’est une part considérable de la littérature du XXe siècle qui est passée par la librairie d’Adrienne Monnier rue de l’Odéon de 1915 à 1951. La dame écrit bien, on croise dans ses souvenirs Apollinaire blessé, de retour du front et le front ceint d’un bandage, s’arrêtant devant la vitrine et entrant dans la librairie. Plus tard, ce sera James Joyce, dont Adrienne éditera l’« Ulysse » en compagnie de Sylvia Beach : la photographe Gisèle Freund a immortalisé l’évènement, on peut voir ça dans son livre « Trois jours avec Joyce ». Entre temps seront passés au numéro 7 de la rue de l’Odéon Léon-Paul Fargue, Saint-John Perse, Eisenstein, Ezra Pound, Hemingway, mais aussi Rilke, Beckett, Walter Benjamin, Lacan et bien d’autres… Laure Murat a bien raconté tout cela dans son livre « Passage de l’Odéon ». Parfois, quand je repasse à Paris, je m’en vais errer du côté de l’Odéon à la recherche du temps perdu et des fantômes d’Adrienne, de Sylvia et James Joyce, après avoir croisé un peu plus loin ceux de Sartre, Beauvoir et Lacan : de nos jours, les librairies luttent pour survivre…

Le lecteur, en ces temps de détresse, a parfois l’impression d’être lui-même un fantôme. 

Monnier, Adrienne – Rue de l’Odéon – Albin Michel 2009
Freund, Gisèle – Trois jours avec Joyce – Denoël 2006
  

 

Cent ans

Joyce, James - Ulysse - nrf Gallimard 2004
James Joyce
UlysseJoyce, James – Ulysse – nrf Gallimard 2004

L’Ulysse de James Joyce, a été publié il y a 100 ans. Ce roman est l’un des plus fabuleux du XXème siècle. 

Giorgio Manganelli y voit « ce que la littérature a inventé de plus intense, de plus ardu et de plus audacieux. » On est bien d’accord. Un anniversaire, donc, comme une occasion de se replonger dans ce chef-d’œuvre excitant et inouï. 

16 juin, c’est le « bloomsday ». Bon anniversaire à tous les joyciens.

Note rédigée le 16/06/2022

Joyce, James – Ulysse – nrf Gallimard 2004