Florence en enfer

Marco Vichi. Mort à Florence.

Voilà un roman policier qui, dans sa première partie, prend le temps de flâner et de tergiverser. Avec son commissaire fatigué, on se promène dans la forêt, sur les collines du Chianti, dans les restaurants de Florence, dans les bureaux de l’hôtel de police, à la terrasse des cafés ou à préparer des spaghettis dans la cuisine du policier…

Marco Vichi procrastine, et cela donne un style d’écriture original et de qualité qui culmine une première fois dans les pages 168 à 171 de l’édition 10/18, dans quelques paragraphes à la beauté stupéfiante et poignante, nous parlant de la guerre sous la protection de Gabrielle d’Annunzio et de la mère morte du commissaire.

Les souvenirs de la guerre et du fascisme viennent hanter les insomnies du personnage principal et le récit se déroule en novembre 1966, à la veille des grandes inondations qui ont saccagé Florence : le fleuve Arno devient de plus en plus menaçant au fur et à mesure du déploiement de la narration, qui se déchaîne avec la grande inondation, exactement à la mi-temps du récit.

La ville de Dante devient l’Enfer de Dante, l’Arno devient Achéron, Styx et Phlégéton, ce qui permet à Marco Vichi de hausser encore le niveau de son art du récit et de la description, à la mesure de celui du fleuve. On est bien en enfer, mais c’est celui du polar noir ; la forêt obscure est celle des passions sombres des hommes, qui ne laisseront pas de rescapé·es.

Néanmoins, on s’amuse à lire, au milieu du livre, à un moment crucial de l’intrigue : « Une minute plus tard, il ronflait comme un sonneur », en se demandant ce que cela peut donner dans la langue originale…

Quelques jours après, on verra les jeunes florentins faire la chaîne humaine en chantant Bella Ciao pour tenter de sauver les livres de la bibliothèque nationale de Florence : le purgatoire ?

I, Sailko, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons