
Avec une belle délicatesse d’écriture, Jean-Pierre Suaudeau nous permet d’accompagner Pétrarque se réfugiant à Fontaine-de-Vaucluse en septembre 1337, à l’arrivée d’une course à cheval lui ayant donné l’occasion de quitter l’enfer du Palais des papes à Avignon.
Qu’est-ce qui a bien pu pousser cet homme de qualités reconnues à venir se terrer dans cette maison cachée à l’intérieur d’une boucle de la Sorgue, à quelques centaines de mètres du gouffre de la fontaine de Vaucluse ?
Dans la grâce et l’harmonie, Suaudeau évoque la rencontre de Pétrarque avec Laure, le long des murs de l’église Sainte-Claire, vision dont on sait qu’elle deviendra le motif du Canzoniere et la principale source d’énergie pour l’écriture de son chef-d’œuvre.
Le style de Jean-Pierre Suaudeau s’emballe sans ponctuation lors d’une description vivante de l’agitation des rues d’Avignon autour du palais ; il devient plus classique et lyrique pour décrire la source, les actes de l’amour ou ses propres engagements dans l’écriture.
L’auteur nous fait partager son lien personnel avec Pétrarque et Fontaine-de-Vaucluse, ce lieu étant devenu pour lui l’espace de sa propre écriture : lui aussi cherche ce qui le brûle, explore ce « sentiment d’être là comme au cœur du sacré, au plus près de la présence ». On n’est pas ici dans le lieu commun de l’écriture comme refuge, plutôt dans la recherche de ce à quoi le langage peut donner une forme, l’absolu de la création littéraire qui vient sublimer l’amour, contenir la révolte, soutenir la solitude, donner sens au monde.
Nous cherchons nous aussi ce qui nous brûle à la lecture de Pétrarque et nous a entraînés à notre tour à venir plus d’une fois sur les bords de la Sorgue : Suaudeau, avec subtilité, nous en offre quelques indices, quelques traces, et cela suffit à notre bonheur de lecture.
Jean-Pierre Suaudeau. Courir à ce qui me brûle. Pétrarque à Vaucluse. Éditions Joca Séria 2025. ISBN 978-2-84809-395-6





