Lamartine – Graziella

Lamartine – Graziella

Lire ou relire Graziella de nos jours, c’est pouvoir modifier les préjugés que l’on pouvait concevoir à propos de la poésie de Lamartine, et éprouver un plaisir non-coupable d’apprécier cette littérature à propos de laquelle on lit parfois qu’elle est désuète, comme si la notion de progrès pouvait avoir une valeur en littérature.

Ce roman de 1849 contient le meilleur de la production romantique : grâce de l’écriture, belles descriptions de paysages et des êtres, psychologie précise des jeunes personnages, hommages à la littérature du passé… La délicatesse et la finesse du style de Lamartine conviennent parfaitement à ce roman d’apprentissage et d’amours tragiques, ainsi qu’à la découverte du golfe de Naples et de ces îles ; l’auteur s’y fait presque ethnologue en décrivant la vie des pêcheurs et ne manque pas de se faire historien pour évoquer la situation politique de l’Italie et de la France. Il peut ainsi rappeler quelles pouvaient être les aspirations d’une certaine jeunesse de l’époque et comment elles pouvaient être mises à l’épreuve dans l’expérience du voyage.

Le thème de la confusion de l’identité sexuelle apparaît au début du roman, avant même le déploiement de l’intrigue, mais il n’a pas d’écho ensuite, sauf celui de la scène de la robe française vers la fin du roman : on peut donc se demander qu’elle est sa fonction dans la narration. Peut-être faut-il le relier à d’autres thèmes susceptibles de faire signe dans l’économie générale du roman, comme présomptions du désastre à venir : l’évocation de la vie tragique de l’auteur de la Jérusalem délivrée, Le Tasse, qui atteindra les limites de la folie ; le récit somptueux de la tempête avant d’aborder l’île de Procida ; la vision nocturne et furtive des feux du Vésuve ; l’opposition entre les passions du cœur et celles de l’esprit en lien avec le livre de Tacite que le héros a pu sauver de l’orage…

Confusion des sentiments, éruption du sentiment amoureux, tempête dans les crânes : vers la fin, le roman déploie l’hubris romantique et scelle le règne du point d’exclamation. Vive la littérature…

Graziella, par Horace Vernet, vers 1836. Musée des Beaux-Arts de Lille
Graziella, par Horace Vernet, vers 1836. Musée des Beaux-Arts de Lille