
Vasco Pratolini est un écrivain florentin né en 1913, mort en 1977. Il publie « Chronique des pauvres amants » en 1947 : le livre rencontrera le succès et sera très vite traduit dans de nombreuses langues ; souvent considéré comme son chef-d’œuvre, il sera adapté au cinéma en 1954, comme plusieurs de ses autres livres.
On entre dans la chronique d’une petite rue étroite de Florence, la Via del Corno, située à l’Est et à l’arrière du Palazzo Vecchio ; mais aussi dans la chronique d’une époque, en 1925 et 1926 sous le régime fasciste.
On est tout de suite plongé dans la vie du quartier en faisant connaissance avec quelques uns des nombreux personnages du roman : le charbonnier Nesi, Oreste le coiffeur, le maréchal-ferrant surnommé « Maciste » , le brigadier de police, le représentant de commerce, Staderini le cordonnier qui s’occupe des semelles des prostituées, Hugo, Giulio le voleur et ébéniste et sa femme Luisa, Maria, Beppino, les fascistes Carlino et Osvaldo…
On fait connaissance avec Milena Bellini, 17 ans, qui vient de se marier et s’apprête à quitter la rue ; Aurora Cecchi, fille du balayeur ; la jeune Clara Lucatelli fille du terrassier et amoureuse de Beppino ; Bianca Quagliotti, fille d’un confiseur ambulant, amoureuse de Mario le typographe du quartier Santa Croce. Les quatre amies ont été surnommée les « Anges gardiens » par « Madame », un personnage infirme et mystérieux qui ne quitte pas son appartement du numéro 2.
« La vie est une prison un peu spéciale ; plus on est pauvre et moins l’on a de mètres carrés à sa disposition. L’important est de garder en soi un équilibre qui fasse le monde grand comme le ciel. »
Dans un style précis de romancier classique, Pratolini déploie une narration s’attachant à décrire la vie des habitants du quartier, les travaux artisanaux, la présence des animaux (chats, chevaux…), les amours et les haines dans un contexte politique qui a des répercussions sur les personnages ; le livre se concentre sur ce qui se passe autour de la Via del Corno et sur le destin des acteurs du récit en lien avec leur passé, sur les rapports dominants-dominés : des hommes sur les femmes, de certaines femmes sur certains hommes, des riches sur les pauvres, des fascistes sur le peuple.
Le romancier sait distribuer les temps forts, on y trouve une « semaine fatidique » et une « nuit de l’apocalypse » qui entraîne, au milieu du volume, le récit dans le registre du roman d’aventures.
Le dimanche matin, la Via del Corno se réveille doucement, ses habitants apparaissent aux fenêtres et sur le pas des portes : d’abord les femmes qui vont à la messe et celles qui font des gâteaux, puis les hommes pour étriller les chevaux. On lit en public les lettres privées, et Pratolini en profite pour persister dans son utilisation habile et originale des dialogues. Dans cet univers où les fascistes sont capables de citer Dante, les relations restent empreintes d’humanité, même dans les conflits.
« Les Anges gardiens reviennent les uns après les autres ; on voit bien que la Via del Corno est le paradis ! — Ou l’enfer, lui a répondu sa femme Fidalma… »
Cette lecture offre une comédie peut-être pas divine, mais de grande qualité, vivante et humaine, la comédie d’une rue capable de devenir l’espace du pardon.
Vasco Pratolini. Chronique des pauvres amants. Bibliothèque Albin Michel 1988. ISBN 2-226-03380-7



