Anne Sexton, sentinelle du verbe

Anne Sexton. Lettre d’amour écrite dans un immeuble en feu. Éditions des femmes 2026

Ce livre est un recueil de poèmes posthumes (1976-1978) d’Anne Sexton (1928-1974), quatrième volume parmi ceux qui lui sont consacrés par la traductrice Sabine Huynh et les Éditions des femmes-Antoinette Fouque.

On aime y retrouver l’élégance de son ironie, souvent retournée vers elle-même, venant à peine masquer le désespoir mais n’atténuant pas la révolte. La famille, la religion, le patriarcat sont les cibles, mais sans haine : c’est plutôt du côté de la désespérance jusqu’à l’hallucination qu’il faut chercher les teintes de cette poésie de combat sans défaitisme.

Cela passe par la revendication des besoins du corps et de pouvoir user d’une langue poétique libre, celle d’une sentinelle du verbe et de la raison fragile scrutant le feu sombre.
Le langage du désir féminin viendrait buter contre la violence patriarcale s’il n’était porté par les forces créatrices de la pulsion poétique, par le don de l’agencement lumineux des mots.

Dans son bestiaire, Anne Sexton écrit le plus long poème à propos du cancrelat, mais elle peut néanmoins éloigner la peur en compagnie du cheval. L’écriture lui permet de ne pas répondre à l’agressivité par la violence, sinon de la transposer dans les mots avec ce regard si particulier, comme celui que l’on voit sur les photographies qui laissent penser qu’elle a les yeux de deux couleurs différentes, pour un regard poétique scrutant son époque en relief.

Comme nous en prévient le titre de l’ouvrage, la poésie d’Anne Sexton s’appuie sur une forme d’urgence de l’écriture : urgence à dire, à se révolter, à penser malgré les obstacles et le risque de la déraison, dernier refuge de l’esprit blessé et fragilisé par la violence du monde. Ce style implique une sorte d’urgence dans la lecture.