Le pont de Bon

François Bon. Autogéographie des ponts. Tiers Livre éditeur 2026

« L’autogéographie des ponts » de François Bon, c’est son autobiographie pontique. Se souvenant des passages, des traversées, dans son style fait d’ellipses et de ruptures syntaxiques, l’auteur esquisse le récit de fragments de vie manifestement chargés émotionnellement et culturellement.

Commençant par sa région natale, du côté de Saint-Michel-en-L’herm, continuant en Amérique ou en Asie, le projet d’écriture garde encore sa part d’incertitude : « Obscur ce qui vous pousse à cette tâche ingrate d’écrire, contre la mémoire, contre soi, dans ces frontières grises mais où les chemins sont d’eaux parce que le rêve les emprunte pour vous rejoindre. »

Lien, passage, dépaysement, frontière, surplomb, rencontre, jonction, transition, franchissement sont les mots du voyage. Comme chez Kafka : « … le fait de traverser un pont est un embrayeur de récit utilisé justement pour sa faculté d’autoriser une histoire qui devra bien s’écrire, puisqu’une fois énoncé qu’on emprunte un pont et le traverse, il faudra bien écrire ce qui de l’autre côté nous attendait… »

Le voyage se fait aussi en littérature avec Rabelais, Jack London, Simenon, Kafka, Lovecraft, Edgar Poe, Julien Gracq, Sei Shonagon et bien d’autres : François Bon est aussi un passeur émérite dans ce domaine.

Son projet d’autogéographie se précise petit à petit : « D’autres images sont là : les images sont autour de vous, latentes, elles se tiennent invisibles à distance, et tout le chemin d’écrire est ce piétinement de tambour qu’on instaure pour que lentement, mais sans le regarder, elles s’approchent et prennent consistance. »

Avec ces ponts traçant des liens dans l’espace, le livre devient lui-même un pont dans le temps sans que François Bon cède à l’image facile de la vie comme un pont. Néanmoins, toutes ces descriptions précises de lieux du passé, presque obsessionnelles, laissent penser que ce livre, comme on a pu le déceler dans d’autres ouvrages de François Bon, pourrait bien être hanté, discrètement, par l’idée de la mort. « … il faudra bien écrire ce qui de l’autre côté nous attendait… »

Mais, par l’écriture, François Bon pourrait bien être comme le maire de Beaugency qui, dans la belle histoire racontée par James Joyce, envoie son chat au diable pour pouvoir continuer à passer le pont. FB nous envoie ses livres, et on continue le chemin.

François Bon. Autogéographie des ponts. Tiers Livre Éditeur 2026. ISBN 9798196241406