Philippe & Francis

Correspondance : 1957-1982. Francis Ponge. Philippe Sollers. nrf Gallimard 2023 
Correspondance : 1957-1982. Francis Ponge. Philippe Sollers. nrf Gallimard 2023 

Voici donc le premier écrit de Philippe Sollers en publication posthume. Il faut donc se dégager de l’émotion première de lire un auteur qu’on avait l’habitude de fréquenter de son vivant, pour faire autrement : il en sera de même maintenant pour Milan Kundera…

Les lecteurs de Ponge et Sollers ne s’étonneront pas de retrouver, au début de cette lecture, la qualité de l’écriture de l’un et de l’autre, dans un parfait français classique qui paraît, à première vue, éloigné des parties « expérimentales » de leur production littéraire.

Cette correspondance est une belle et instructive incursion dans la vie littéraire, critique et éditoriale des années 60 à 70, qui est aussi la période du structuralisme et de la revue « Tel Quel ».

On y découvre au début un Sollers à la santé fragile, frôlant la mort dans un accident de voiture, affecté à divers titre par la guerre d’Algérie, qu’il évitera.

On y lit la rivalité avec la Nouvelle Revue Française, les liens avec Jean Paulhan, André Malraux, Breton, Mauriac et bien d’autres et on s’étonne de la surprenante différence d’appréciation entre les deux amis à propos de Céline et de son « Voyage au bout de la nuit ».

On a l’aperçu de ce qu’était la direction d’une revue d’avant-garde à l’époque, et des divergences plus politiques que littéraires qui on fait s’éloigner progressivement les deux amis.

On y aperçoit aussi la « capitalisation » des maisons d’édition, leur concentration et les pouvoirs et rapports de l’argent avec la création littéraire.

Un bel échange épistolaire entre deux maîtres de la littérature du XXe siècle. 

Correspondance : 1957-1982. Francis Ponge. Philippe Sollers. nrf Gallimard 2023 

Ping Ponge

Ponge, Francis - Cahier de l'Herne - L'Herne 1986
Ponge, Francis – Cahier de l’Herne – L’Herne 1986

Ce numéro des Cahiers de L’Herne, bien que datant de 1986, reste un livre précieux pour découvrir ou approfondir la lecture de l’œuvre de Francis Ponge. Dans les textes de Ponge qui parsèment ce Cahier, il y a ces billets publiés dans le « Progrès de Lyon » en 1942 qui, bien qu’en marge de la production littéraire de l’auteur, en sont une image introductive pleine d’humour et d’humanité. On peut compléter cette lecture avec le livre que Sollers avait consacré à Ponge, en 1963 je crois…
De beaux objets pour ouvrir la porte d’une œuvre majeure de la littérature française du XXe siècle. 

Ponge, Francis – Cahier de l’Herne – L’Herne 1986
   

Signéponge

Signéponge

Le lecteur pressé pourrait ne lire ici que des descriptions d’objets, mais l’engagement littéraire de Francis Ponge est bien plus que cela : à partir d’une volonté de communication neuve se basant sur une réévaluation lexicale, syntaxique, stylistique de son expression, Ponge refuse la qualification de poète, indique qu’il vient à l’écriture par dégoût du langage, ce qui l’amène à produire une prose précise, d’abord située quelque part entre Mallarmé et le surréalisme pour prendre ensuite une voix originale et à nulle autre pareille dans la littérature française. Cette activité d’écriture antilyrique s’attachant apparemment à décrire des choses est d’abord et avant tout une recherche quasi-scientifique sur le langage, dans une « rage de l’expression » prenant « le parti pris des choses », cherchant les mots, les phrases, les images, les figures de rhétorique les plus précises possibles, dans un mode descriptif qui est aussi une réévaluation morale, une objectivité pleine de subjectivité demandant au lecteur de se positionner lui-même dans son acte de lecture. Cette recherche rend Ponge capable de produire une prose poétique somptueuse à partir de sujets comme l’huître, l’œillet, le volet, le pré et d’écrire un livre de 128 pages sur un savon et de nous dire : « Ceux qui n’ont pas la parole, c’est à ceux-là que je veux la donner. »

Ponge, Francis – Le savon – L’Imaginaire Gallimard 1992