Voici
ce que produit l’intelligence artificielle Chatgpt à propos du style de
l’écriture de Pierre Michon :
« Pierre Michon est un écrivain français réputé pour son style d’écriture dense et poétique. Son écriture se caractérise par l’utilisation de phrases longues et complexes, ainsi que par une attention minutieuse aux détails et à la métaphore. Il crée des univers littéraires riches en histoire et en culture, et ses œuvres sont souvent comparées à des tableaux vivants. Michon explore fréquemment des thèmes liés à l’histoire, à la mémoire collective et à la condition humaine. Ses œuvres les plus connues incluent « Vies minuscules et « Mythologies d’hiver ».
C’est pas faux. Tout cela est un peu léger et d’une platitude absolue : il vaut donc
mieux se fier à ses propres lectures, et lire des livres sur ce sujet.
Chatgpt est bien meilleure quand on lui demande la recette de la carbonade flamande, recette qu’on ne trouve pas dans l’œuvre de Pierre Michon, ni dans celle de Claude Simon.
À propos de Claude Simon, très belle exposition à son sujet au génial musée « La piscine » à Roubaix en ce moment. (Oct.-Nov. 2023)
Pierre Michon. Le roi vient quand il veut. Albin Michel. 2007
Avec la publication – une démarche étonnante – de « Les deux Beune », le texte de 1996 (J’ai déjà évoqué sur sonneur.fr « La grande Beune ») devient ainsi la première partie de ce nouveau roman complété par « La petite Beune », les deux textes étant de même grandeur en nombre de pages.
La petite Beune n’est pas une fiction. À la sortie des Eyzies en allant vers Sarlat, si vous bifurquez à gauche après quelques kilomètres (pas la route vers Montignac, non, un peu plus loin), la grande Beune part au pied du château de Commarque. Si vous continuez tout droit vers Sarlat, c’est la petite Beune pendant un moment, une vallée contenant une des plus grandes concentrations au monde de sites préhistoriques, menant vers les cabanes du Breuil, le château de Puymartin et les pommes de terre sarladaises.
La petite Beune est une fiction. Cette deuxième partie du roman de Michon reste d’abord au plus près du cours d’eau et du personnage de Jean le pêcheur, ce qui permet à l’auteur de déployer toute la poésie de sa prose soigneusement rythmée.
S’ensuit la sensuelle danse du désir dans la vallée des premiers matins du monde ressemblant à l’origine du monde. L’appel de la nature ne laisse plus le choix, et c’est dans la brume laiteuse où se perdent les enfants que le texte obtient son point final. Quand à l’histoire racontée ici, elle a son point de fuite vers l’infini, ancrée sur les reliefs les plus anciens et archaïques.
Michon, Pierre – La Grande Beune – Folio Gallimard 2006
La vallée de la Beune n’est pas une fiction : le cours d’eau chemine à l’ouest des Eyzies depuis les environs de Saint-Geniès, pour se jeter dans la Vézère au pied de la statue de Cro-Magnon. Le ruisseau passe au pied de l’un des sites les plus spectaculaires de la région, le château de Commarque, faisant face à celui de Laussel. Pour les cinéphiles, on voit ce lieu dans les dernières scènes du film « Les duellistes » (1977) de Ridley Scott, lors du dernier duel entre Harvey Keitel et Keith Carradine (le tout dernier plan, lui, montre la vallée de la Dordogne à la Roque-Gageac).
Le lieu a aussi probablement servi de modèle à Robert Merle pour son roman « Malevil ». Les grottes au pied du château étaient hantées par l’écrivain François Augiéras dans les années 60-70. Plus important pour le roman de Michon : la région est celle d’une des plus grandes concentrations au monde de sites préhistoriques.
La vallée de la Beune est une fiction : le personnage du roman y arrive en 1961, un début qui semble discrètement placé sous l’évocation de Dante et de la Divine Comédie : une allusion à cette œuvre page 22 (l’amour qui meut les étoiles) vient confirmer cela. Une sorte d’enfer, donc, bien doux pourtant, porté par les fonds anciens d’une culture locale venant du fond des âges et surtout par les tourments du désir qui troublent le jeune personnage du roman de Michon.
L’Achéron à traverser est ici celui du passage à l’âge adulte dans un pays fait d’âges au passé archaïque et indéfini. L’accompagnateur de Dante était Virgile : ici, le jeune narrateur trouve une accompagnatrice, l’hôtesse Hélène, comparée à la Sybille de Cumes, prophétesse au langage énigmatique qu’on retrouve dans les métamorphoses d’Ovide. Le désir, lorsqu’il apparaît, éclate dans une dimension animale sans être bestiale sinon dans le fantasme, archaïque et sensuelle, transperçant de ses flèches le héros s’identifiant à un saint Sébastien local (Jean-Gabriel Perboyre). Plus loin, c’est l’univers des contes qui entre en jeu dans l’épisode du renard dans lequel la femme convoitée devient une princesse aux airs de fée rurale. La visite d’une grotte est comme un retour à la matrice, au sein maternel, une dernière hésitation avant d’entrer dans l’âge adulte. Ce texte court recèle plus de richesses que ne peuvent en contenir nos rêves.
Michon, Pierre – La Grande Beune – Folio Gallimard 2006