Roth premier roman

Roth, Philip - Laisser courir - Folio Gallimard
Roth, Philip – Laisser courir – Folio Gallimard

« Je me promis de ne jamais commettre de violence envers la vie humaine, pas plus envers celle d’autrui qu’envers la mienne. », voici le défi auquel le narrateur nous invite durant ces 900 pages en folio : le premier roman de Roth est déjà un pavé. La narration y dilate le temps (« …tout contribuait à immobiliser le temps, à le supprimer même, comme on le ressent dans certains cauchemars. » p. 714), comme cela sera le cas dans ses autres romans, de manière plus variée, et le drame n’arrive dans le récit que par inadvertance.


Il manque l’humour et l’ironie qui seront plus tard une caractéristique de ses livres, mais le récit est bien tenu tout au long du roman dans lequel Roth nous fait partager sa science de la vie quotidienne des couples, dans un livre écrit alors qu’il n’avait pas encore trente ans. Un autre intérêt, en revenant au départ d’une œuvre dont on connaît la suite, est d’observer l’évolution de l’écriture de Roth : manie de lecteur obsessionnel, peut-être… 

Roth, Philip – Laisser courir – Folio Gallimard
  
 

Roth 1986

La structure narrative complexe du roman surprend le lecteur à la moitié du livre. Mais surtout, le récit, qui pratique la mise en abyme permet à l’écrivain, dans un roman d’analyse probablement sous l’influence de Henry James, d’interroger de manière dense sa judéité, mais aussi sa masculinité, et de façon plus ample les chocs de culture, de générations, de sexe.

C’est admirable d’intelligence et d’humanité et constitue probablement l’un des meilleurs romans de Philip Roth.  

Roth, Philip – La contrevie 1986 – Folio Gallimard
 
 

Roth, Philip - La contrevie 1986 - Folio Gallimard
Roth, Philip – La contrevie 1986 – Folio Gallimard

Le feu à la maison

On retrouve dans ce récit des éléments communs à d’autres romans de Roth : le narrateur Zuckerman-l’écrivain à Newark et le quartier de Weekahic. 

On y retrouve aussi des thèmes chers à l’écrivain américain : l’importance du corps ; santé et maladie, puissance et vulnérabilité, jeunesse et vieillesse ; la famille, l’identité juive, le racisme ;  le superficiel, les lieux communs, les apparences opposés à la mélancolie, la douleur, le désarroi, le deuil ; les destins individuels dans l’histoire américaine ; l’histoire, la mémoire. 

L’humour, contrairement à d’autres romans de Roth, est ici quasiment absent : la critique sociale y gagne en férocité, le livre étant une description sans concessions de la déliquescence de la société américaine et de ses valeurs, et donc une critique de nos sociétés occidentales. 

Le style d’écriture est dense, allant dans les détails sans perdre de vue l’ensemble : il y a comme un noyau à atteindre après avoir soulevé patiemment les différentes pelures qui l’enserrent, ce que fait Roth avec grand art. Un grand roman américain de la fin du XXème siècle.

Roth, Philip – Pastorale américaine – Folio Gallimard 2001