L’instant sans après

Jankélévitch, Vladimir - La mort - Champs Flammarion 2017
Jankélévitch, Vladimir – La mort – Champs Flammarion 2017

Jankélévitch débute son livre en indiquant : « On peut douter que le problème de la mort soit à proprement parler un problème philosophique. »

Mais comme il prend les choses dans le détail, cette première phrase est à comparer à l’incipit célèbre du « Mythe de Sisyphe » de Albert Camus : « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. » 

L’ami Vladimir nous entraîne ainsi dans les spirales du langage et les circonvolutions de la pensée pour, au fond, nous parler de la liberté, ce qui est plutôt susceptible de nous inviter à persévérer dans notre être de lecteur, comme dirait l’ami Spi.

Il nous apprend ainsi que c’est la négativité et l’invincibilité de la mort qui donnent un sens, une vocation, une direction définie à notre activité transformatrice et progressiste. (p. 156) Ce livre est rédigé d’une manière beaucoup plus claire (pour moi) que les trois volumes du « Je ne sais-quoi et le presque-rien », et propose de quoi se nourrir avec une belle réflexion sur le temps et, on l’a dit, la liberté. 

Vladimir trouve ainsi son Estragon en la personne du lecteur persévérant.  

Jankélévitch, Vladimir – La mort – Champs Flammarion 2017
  
 

La vie habitante des hommes

Voilà
une bonne occasion de ressortir le volume des Œuvres de Hölderlin dans
la Pléiade, ce que je fais plusieurs fois par an depuis longtemps,
volume qui accompagne cette lecture du livre d’Agamben comme il
accompagne ma vie de lecteur. La teneur en vérité de la vie du poète est
ici recherchée du côté de la chronique plus que de l’histoire et ne
peut être épuisée par le discours. Le dispositif est celui d’une
chronique double : page de gauche celle de l’Europe, page de droite
celle d ‘Hölderlin, organisation du texte rapidement abandonnée au
profit du seul récit de la vie du poète. Agamben défend la thèse selon laquelle Hölderlin n’ était pas dans la
folie dans la deuxième moitié de sa vie, mais plutôt dans la recherche
d’un autre mode non logique, mais poétique, de connexion des pensées, en
analysant les textes philosophiques et poétiques du souabe.
Ce livre nous permet de lire oú relire Hölderlin autrement : il s ‘avère
être aussi une réflexion utile en ces temps de confinement de masse et
de folie générale. Puissions nous, enfermés dans nos tours comme
Hölderlin, mener une vie habitante, éclairée par la poésie, par la
littérature. Agamben, Giorgio – La folie Hölderlin : chronique d’une vie habitante – Armand Collin 2022