Le style Nathalie

Nathalie Quintane 2023

Nathalie Quintane prend à nouveau dans ce livre ce ton si particulier qu’on lui connaît, fait d’ironie, de loufoquerie mais aussi d’esprit de sérieux pour déployer, par petites touches discrètes, une critique sociale implacable de notre temps. 

Mais elle ne le fait pas sous la forme d’un pamphlet ou d’un pensum politique, car c’est toujours et avant tout la poésie qui envahit son écriture et son univers, son style mettant à l’écart l’académisme. 

En poussant aux limites la situation de départ ou les événements visés par sa critique, elle en montre avec humour l’absurdité et l’inanité, en révélant leur potentiel poétique lorsqu’ils sont étirés dans un style littéraire semblant apprécier les coq-à-l’âne à tendance métonymique. 

Le titre « Tout va bien se passer » semble donc être une adresse au lecteur, une invitation à se laisser entraîner dans un univers poétique où une promenade près du palais de l’Élysée devient une odyssée dans le brouillard finissant par donner la réponse à la question fondamentale : qu’est-ce qu’une banane ? 

En prime, on est incité au ressouvenir de Lucile Messageot (1780-1803), peintre ayant seulement vécu 22 ans ainsi qu’à une belle leçon sur les Lusiades de Luís de Camões

Nathalie Quintane nous convie donc ici de manière savoureuse à un partage en faisant confiance aux pouvoirs du langage et de la littérature, de la poésie et de l’imagination.


 

Fruits de la passion

Nathalie Quintane. Tomates. POL 2022
Nathalie Quintane. Tomates. POL 2022

La poésie est politique, non pas parce que tout est politique, mais parce que le langage est affaire de pouvoir. Le texte vient donc ici affirmer le désir d’une minorité, celle qui lit des livres, de la littérature, désir de vivre et écrire intensément. Cela passe peut-être par la relecture de Blanqui, et sûrement par la recette du purin d’orties pour cultiver les tomates.

L’humour loufoque toujours présent dans les écrits de Quintane est comme une pudeur qui vient rendre plus discrète l’expression de la révolte, sans pour autant l’atténuer, et lui fait écrire un « livre muet », « costumé par places dans l’espoir d’être entendu ». Une certaine mélancolie du désarroi transparaît, masquée par le travail critique ou par la fantaisie.

Un livre placé au rayon poésie, mais ça déborde. 

Nathalie Quintane. Tomates. POL 2022