Sortir du placard

Bruits - Anne Savelli - 2026

« Bruits », a d’abord été, dès juillet 2018, un projet d’écriture sonore sur l’Internet, ayant commencé par la mise en évidence par Anne Savelli de différents points de départ : un reportage de 1970 vu sur le site de l’INA évoquant les nuisances sonores en ville, avec un médecin citant Schopenhauer ; une émission d’Arte sur les voix au cinéma ; des propos d’acoustique urbaine datant de 1982.

Le projet indique qu’il s’agit d’un roman dont « l’action progresse en fonction des bruits, sons, voix, silences croisés par une petite fille en train de courir », mais on comprend que cette amorce n’est que la continuation d’un travail d’écriture commencé déjà depuis longtemps. Se déploie ensuite un feuilleton sonore et un site internet étonnant ainsi qu’une suite d’articles décrivant les étapes de l’écriture, qui est aussi un projet artistique collectif sur le site et avec les « lecteurs bruiteurs » pour la lecture.

La crainte de l’effondrement, c’est celle d’un effondrement qui est déjà arrivé. Le roman commence sous le signe de l’essoufflement, comme dans un réveil à la sortie d’un cauchemar, un réveil qui est peut-être l’entrée dans un autre mauvais rêve : une descente de police décrite dans le champ sémantique du bruit, comme on pouvait s’y attendre. On suit ainsi minute par minute le trajet de F., une petite fille empêchée de dormir. Minute par minute : cela implique une écriture s’attachant aux détails des lieux, des pensées, étirant le temps et faisant penser – entre autres – à « Ulysse » de James Joyce (la quatrième de couverture évoque aussi « Berlin Alexanderplatz » de Döblin) ; une écriture qui donne aussi l’impression de l’urgence et d’un rythme soutenu.

Minute par minute : on ne peut s’empêcher de penser au cinéma de Chantal Ackerman, notamment à son film « Jeanne Dielman ». Mais dans le livre de Anne Savelli, cette lenteur est redoublée en parallèle par la vitesse de l’évolution de l’héroïne : on a donc une double hélice temporelle dans ce récit.

Autre lieu : l’intrusion, la pénétration, continue à l’université ; le groupe, la horde sauvage envahit aussi bien la dictature que la démocratie, ou du moins les amphithéâtres. Les bruits du monde ouvrent une fissure dans le monde, une faille dans le cerveau qui détruit l‘enveloppe psychique et transforme un placard en refuge fragile. Une fillette choisit de sortir du placard.

« C’est rigoureusement impossible, une fillette comme ça, de quatre ou cinq ans, qui pense comme elle pense, n’a ni parents, ni personne ou presque pour prendre soin d’elle, part de chez elle en courant. C’est inimaginable. C‘est invraisemblable. Ça n’existe pas. C’est pourtant ce qui se passe. »

Le livre se déploie dans de nombreux lieux : l’appartement et le placard, les amphithéâtres de l’université, le commissariat de police, la réserve du supermarché, la bibliothèque de la fac de médecine… pour n’en citer que quelques-uns. On retrouve là un thème d’écriture déjà exploré par Anne Savelli dans ses livres précédents, parfois en lien avec son intérêt pour l’œuvre de Georges Perec : l’exploration de lieux géographiques qui sont aussi des espaces mentaux (et ce W qui apparaît page 93).

Les thèmes explorés ou effleurés sont aussi variés, esquissant une critique sociale de l’environnement urbain : la pauvreté et la misère sociale, la police, la folie groupale, la solitude, le travail précaire, la surveillance généralisée, la ville, l’esplanade et avenue, la chambre d’hôpital, la réserve du supermarché, le harcèlement, l’intérieur du crâne…

Quand au personnage de la vedette mystérieuse débarquée incognito à l’aéroport : on ne peut s’empêcher de penser à l’intérêt porté par l’autrice envers Marylin Monroe.

Les sons, dans ce livre, sont politiques : agressifs, ils assoient la domination des maîtres sur les esclaves, des plus forts sur les plus faibles, de la ville sur la solitude, de la technologie sur les êtres, de la réalité sur le rêve. Ils nous font croire pendant un moment que l’on est dans la dystopie urbaine de « Brasil » de Terry Gilliam.

Quelques-uns s’éloignent du bruit du monde, du vacarme environnant : un bureaucrate, une secrétaire. Mais dans la chambre anéchoïque, on n’échappe pas aux bruits internes, on y expérimente « l’impossibilité viscérale de ne rien entendre ».

« Épuiser le lieu » (p.132), comme dirait Perec, permettrait-il de transporter la fatigue qui fait perdre son sens à la fuite, tend à déréaliser la ville ? Impossible de ne rien entendre : le texte épuise le lieu parce qu’il le décrit précisément, mais aussi parce qu’il est dans la tête des gens : de Joyce à Perec, d’Édouard Dujardin à Proust, de Gracq à Hemingway, (Ulysse, Lieux, Les lauriers sont coupés, La Recherche, La forme d’une ville, Paris est une fête…) le voyage se fait aussi en littérature pour celles et ceux qui lisent  la tête dans la bibliothèque.

Une première lecture n’épuisera pas ce livre, cette première note ne peut en rendre compte qu’imparfaitement, partiellement : il nous faudra donc le relire. Après tout, on peut se permettre ce vacillement de la lecture face à un livre que son autrice a mis plus de deux décennies à écrire. « Tout est à recommencer. Tout est à effacer, comme sur une ardoise. » Là, du coup, c’est la boucle de « Finnegans Wake » que l’on convoque…


« Bruits » de Anne Savelli – Éditions Inculte 2026 – ISBN 978-2-330-21548-4


EXTRAIT :

« [11:00] [ville entière] Malgré des activités humaines qui, en apparence, battent leur plein (dépôts de marchandises, commandes, facturations, transactions bancaires, déplacements, réunions, rédaction de CV, organisation de plannings, entretiens d’embauche, envoi de formulaires, demandes, réclamations, visites médicales, cours magistraux, travaux pratiques, nettoyages, rangements, listes de courses, courses, course, réception de colis, préparation de repas, appels téléphoniques, distribution de courrier, achats, ventes, classement en rayons ; malgré les travaux de plomberie, d’électricité, de raccordement à des câbles, tuyaux, conduits ; malgré les tâches effectuées en peinture, isolation, dessin, cordonnerie, couture, fonderie, chimie, horticulture, élevage, toilettage, restauration, balayage, mécanique, logistique, horlogerie, joaillerie, coiffure, tricot, jardinage, formation et information, édition, traduction, rédaction, tournage, projection, photographie, répétition de concert ou de pièce de théâtre, animation, création, communication, archivage) ; malgré ce qui se fait sans que jamais, chaque jour, on n’en prenne la mesure, sans qu’on ne puisse saisir cette énergie immense des petites tâches reliées, en secret c’est la cavalcade. F court, bien sûr, mais aussi les serveuses, étudiantes, caissières, joggeuses, autres sportives, filles, mères, grands-mères, vendeuses, sœurs, boulangères, épicières, nourrices, stylistes, parfumeuses, vidéastes, balayeuses, enseignantes, conductrices, actrices, cultivatrices, danseuses, voltigeuses, hôtesses, cuisinières, chirurgiennes, aviatrices, animatrices, psychiatres. Un grand nombre de femmes qu’on ne voit pas courir courent, en réalité. Quant au [commissariat], il fourmille, lui aussi. Il se prépare, oublie ses pensionnaires qui, en cellule, ont fini par se taire après le départ d’incendie (F comme fumée à l’arrière du bâtiment, on a retrouvé un pneu finissant de se consumer. Depuis l’odeur persiste. Plus de peur que de mal, la phrase circule pour conjurer le sort mais justement, la peur, lèvres pincées, c’est ce qui subsiste depuis). Pour le reste, c’est confus. Depuis l’apparition de la vidéo, le corps constitué se blinde. Il faut établir, pas rétablir, l’ordre vingt-quatre heures sur vingt-quatre vient de marteler le ministre. Le corps se leste, il s’alourdit. Chacun interprète, en son for intérieur, la petite phrase du jour. 

F comme flaque. »

Marylin

« Arbres tristes et doux – je vous souhaite – le repos mais vous devez rester sur vos gardes. »

Marylin Monroe – Fragment 1955

Musée Marylin - Anne Savelli

À l’occasion de la lecture de « Musée Marylin » d’Anne Savelli, je ressors de la bibliothèque « Marylin Monroe – Fragments – Poèmes, écrits intimes, lettres » paru au Seuil en 2010 dans la traduction de Typhaine Samoyault. Je devrais aussi ressortir “Blonde” de Joyce Carol Oates : son roman puissant est une autre manière subtile d’explorer le mystère Norma Jeane Baker. Serait-il judicieux de saisir aussi le volume des “Mythologies” de Roland Barthes ?

La façade pour tous qui nous est souvent présentée, souriante, la plupart du temps sublime et parfois un peu vulgaire, n’a pas réussi à masquer totalement l’être plus complexe qu’il n’y paraît, cet « être humain chaleureux, impulsif, timide et solitaire, sensible et craignant d’être repoussé, et pourtant toujours affamé de vie et de satisfaction. » (Lee Strasberg). Cette quête de l’être derrière le mythe anime les livres les plus intéressants sur Marylin, dont celui d’Anne Savelli.

Alors, quoi de plus trompeur que les photographies : pourtant, Anne Savelli nous propose un voyage muséal érudit dans le monde des images afin d’aller voir derrière le miroir. Elle nous propose d’entrer dans un musée en compagnie d’un guide, mais en vérité, c’est une invitation à rentrer dans une expérience d’écriture : c’est bien par l’écriture que se fait l’approche de Marylin, ce sont le style et la poésie, les choix narratifs de l’autrice qui tentent de lever le voile en commentant des photographies absentes du livre (un tour de force, écrit Sabine Huynh) pour nous offrir un texte subtil en forme d’approche littéraire et poétique de Marylin Monroe.

On entre donc dans ce musée presque comme Dante accompagné de Virgile à l’entrée de l’Enfer, (« …passé le seuil, vous ne pourrez plus faire demi-tour » nous dit le guide) mais c’est d’un trottoir sans abri du soleil qu’on est parti, pas d’une forêt obscure, et l’éblouissement suivra.

Mary Jeane Baker, Marylin, tu es regardée sans être vue, on ne devine que la lumière que tu captes, tu deviens cette lumière et tu aveugles les photographes.

Les relations avec les photographes et le public sont ainsi décryptées, de manière plus générale celles avec les hommes, mais aussi la place du mythe dans l’économie hollywoodienne et la société américaine de l’époque. On approche aussi l’intimité de Marylin et s’esquisse ainsi – avec empathie – une psychologie de l’artiste ainsi qu’une analyse de son rapport à son propre corps ; le parcours est chronologique, commencé dans une usine en 1944 pour se terminer dans un palace.

« S’exposer, on le sait, possède deux acceptions : c’est se montrer aux autres, mais aussi se mettre en danger. » Sexe posé.

Anne Savelli s’engage dans ce livre, met en jeu son écriture : on ne lit pas une biographie ou un catalogue, mais un parcours d’autrice mettant en œuvre ses talents d’écrivain pour esquisser un portrait allant au-delà des apparences, creusant les mots pour creuser l’être, travaillant la syntaxe et la narration pour écrire la grammaire Marylin.

C’est tellement bien réussi qu’on est en droit de se demander à quoi pourrait ressembler une autre expérience similaire d’écriture d’Anne Savelli, à propos de Sylvia Plath par exemple…


Anne Savelli – Musée Marylin – Éditions Inculte 2010

Marylin Monroe - Fragments



Saint-Germain-en-Laye & Anne Savelli

Anne Savelli 2019

Bon, on se doute bien qu’il ne s’agit pas d’un guide touristique. On entre tout de suite dans une expérience langagière inédite par le biais d’une « phrase assassine » qui se déploie poétiquement dans l’espace – comme un papillon – pour nous faire entrer dans la bibliothèque d’une enfant qui joue déjà avec les mots.

L’espace, comme dans d’autres livres de Anne Savelli est le sujet de ce récit, mais aussi le temps : le texte parle d’une mère et de sa fille, d’une ville où l’histoire est omniprésente, d’un retour après dix ans passés. Le social est aussi évoqué à travers les thèmes des inégalités, de la précarité, du mépris social, de la place des femmes dans le vécu urbain.

Formellement, on lit de courts textes entrecoupés de pages en gros caractères reprenant un descriptif de la ville. Ce texte, qui commence en nous parlant d’un livre, est le témoin de ce que peut faire au langage le rapport à un lieu : les choses changent les mots aussi, les drames reviennent à la surface aussi bien que les souvenirs du quotidien banal ; les évènements de l’histoire se colorent autrement, prennent d’autres significations ; les apparences peinent à masquer une réalité moins glorieuse et les masques tombent quand la littérature les met en scène.

On est en droit de penser que ce texte s’inscrit dans une filiation perecquienne, mais on y rencontre aussi Lewis Caroll, Raymond Queneau et allusivement Apollinaire, Alexandre Dumas et Simone de Beauvoir. La vision parfois un peu critique de la ville est atténuée par un final mis sous le signe de la réconciliation, se terminant avec le beau verbe ouvrir.

Dans le monde de sonneur, on a lu ce beau texte après avoir pu se procurer le livre en occasion. Ce livre a été publié en 2019 au moment de l’apparition du Covid 19 et sa diffusion a fait les frais de cette coïncidence. Une surprise nous a choqué après avoir vu le sceau de la Médiathèque de S.-G.-L. sur la couverture, celle de découvrir à l’intérieur du livre le tampon « Retiré des collections de la bibliothèque de Saint-Germain-en-Laye« . Les bibliothécaires ont-ils lu les livres qu’ils désherbent ? S’il y a bien un texte qui devrait être mis en avant dans cette ville, même six ans après sa parution, c’est bien ce livre original dont un des lieux importants qu’il décrit est… la médiathèque de Saint-Germain-en-Laye.

On apprécierait l’ironie de l’histoire si la littérature ne souffrait pas de modes de diffusion trop rapides ne considérant les livres que comme des marchandises périssables, ce qui laisse peu de temps à la littérature pour exister face à la copie au kilomètre. Voir à ce sujet le texte de Claro intitulé « L’intolérable légèreté de l’attente avant publication » sur son blog Le Clavier Cannibale.


Anne Savelli. Saint-Germain-en-Laye. Éditions de l’Attente, 2019. ISBN 9782362420863


Espace Perec 2024 (Anne Savelli)

Savelli 2024

Avec ses ailes déployées, Anne Savelli nous offre un beau titre pour son livre et nous invite à la suivre dans ses propres espaces qui vont à la rencontre de ceux de Perec. Elle commence fort avec Proust, Balzac, Duras et Woolf, mais c’est pour mieux expliquer ce qui lui permet d’écrire. Les lieux lancent un appel et déterminent une posture de l’auteure, qui se met aux aguets, « se dilue de place en place » pour examiner « le lieu de l’absence, de l’abandon, de l’oubli, du possible ».

« Je devine simplement qu’un agencement existe, nous permettant d’écrire. »

Ce lien entre espace et écriture, Anne Savelli en a l’expérience, l’a déjà exploré dans d’autres livres, sans que l’on puisse réduire ceux-ci à ce thème. Dans « Fenêtres, Open space » (Le mot et le reste, 2007), elle explorait le monde à partir de la ligne 2 du métro parisien, trajet pendant lequel elle lisait « Penser/classer » de Perec, mais aussi « La Vie mode d’emploi » sur le même trajet auparavant. Dans « Franck » – portrait d’un jeune homme par lieux – (Stock, 2010), elle explorait autobiographiquement les lieux de l’enfermement et de la violence sociale et relie son roman à « Un homme qui dort ». Dans « Décor Lafayette » (Inculte, 2013), c’est le grand magasin qui est le lieu d’un langage qui élargit le propos à la notion de décor ; dans « Saint-Germain-en-Laye » (L’attente, 2019), c’est la ville en surplomb qui permet de continuer les explorations entamées avec les arrêts sur image dans « Décor Daguerre » et l’autorise à parler de sa mère lisant Perec dans le RER ; dans « Île ronde », c’est le personnage Dita Kepler qui fait le tour d’une l’île légendaire…

« … se lier au lieu, c’est réduire ou élargir un cercle, s’y inclure et s’y oublier. »

Anne Savelli évoque les auteur(e)s qui l’ont influencée : Marcel Proust, Jean Genet, Violette Leduc et Janet Frame, pour dire quelle lectrice ils ont fait d’elle. Quand à Georges Perec, elle indique : « …comme tout le monde, j’ai compris que c’était à moi qu’il parlait ». Comme tout le monde, c’est vite dit : tout lecteur des textes de Perec n’est pas capable d’écrire les livres de Savelli…

Anne Savelli nous parle donc en toute simplicité de sa découverte de « La vie mode d’emploi » et des photographies et apparitions télévisuelles de Perec avec son manteau à bouclettes, pour mieux s’engager dans la description de la rue de l’Atlas qui lui est familière mais qui est aussi le lieu de naissance de Perec, (Villa Annette au N°6) une promenade dans laquelle s’entrecroisent des fragments biographiques des deux auteurs.

Elle indique aussi comment ont pu se croiser l’écriture de certains de ses livres avec celle des livres de Perec et comment les espaces, les lieux gardent la mémoire de ce qu’elle fut à différents moments de vie. Elle décrit aussi comment la lecture de Perec lui a appris à écrire sur l’infra-ordinaire, sur « ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste… » et comment « les romans et les films ajoutent des pièces à nos appartements, des dépendances à nos lieux d’écriture ».

L’entrelacement (j’ai déjà employé l’image du caducée d’Hermès à propos de W ou le souvenir d’enfance) nous a amené à bifurquer d’un atelier lecture Perec à un atelier lecture Savelli : on ne s’en plaint pas.

Incidemment, il nous plaît d’apprendre (Wikipédia) que cette rue de l’Atlas intègre une allée Pernette-du-Guillet. Il y a aussi le passage de l’Atlas, en forme de U, qui aurait pu plaire à Jacques Roubaud.

Ce qui nous touche, c’est que Savelli, en entrelaçant (un procédé cher à Perec) deux vies, deux vécus de l’espace, esquisse un portrait intime de Perec à travers ses lieux, qui est presque un autoportrait de Savelli en Perec. À moins que ce ne soit l’inverse, allez savoir…


Un lecteur attend, place ***, que la pluie cesse de tomber, et la publication de la prochaine œuvre de Anne Savelli : Bruits.


Ce livre est le N°6 sur 53 de la collection Dire son Perec des éditions L’OEil ébloui.  

Mbzt, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons


 
 

Lier les lieux, élargir l’espace. Anne Savelli