Amours bleu Klein

Millet, Catherine - Commencements - Flammarion 2022

Avec la publication de ces « Commencements », Catherine Millet consolide la construction d’une œuvre autobiographique magistrale, commencée avec « La vie sexuelle de Catherine M. » en 2001, continuée avec « Jour de souffrance » en 2008 et « Une enfance de rêve » en 2014.

Le récit autobiographique se fait ici épique, racontant les débuts de l’autrice dans le monde de l’art contemporain français entre 1964 et 1972 : on y croise le futur galeriste Daniel Templon, l’écrivain Jacques Henric, le sculpteur César et bien d’autres grands noms du milieu artistique de l’époque, la narration témoignant aussi des évolutions de la société française des années 60.
C’est passionnant, se lit d’une traite et on y apprend beaucoup de choses. Et on comprend que cette somme autobiographique est un « work in progress », et que  probablement d’autres livres viendront après.

Millet, Catherine – Commencements – Flammarion 2022

Enfance formica

Millet, Catherine - Une enfance de rêve - Flammarion 2014

« La vie d’un tout jeune enfant est littéralement cernée par la peur, elle circonscrit l’espace qu’il habite. » et plus loin :  « Plus tard, ce sont des paroles, dont l’enfant ignore que ce sont des métaphores, ou des hyperboles, qui l’effraient ». 

Cette enfance dans les années 50, au titre ironique, Catherine Millet ne fait pas que la raconter, elle l’analyse de manière détaillée, ce qui donne une belle prose fluide prenant par moments des airs proustiens. 

L’autrice construit ainsi, à côté de son œuvre de critique de l’art contemporain, une série autobiographique originale déclinée dans plusieurs livres (La vie sexuelle de Catherine M. ; Jour de souffrance ; Commencements), dans lesquels à chaque fois elle trouve un mode d’expression adapté au propos et à l’époque. On aime beaucoup.

Millet, Catherine – Une enfance de rêve – Flammarion 2014


 

À la fenêtre

Millet, Catherine - Jour de souffrance - Flammarion 2008
Millet, Catherine – Jour de souffrance – Flammarion 2008

Je relis « Jour de souffrance » avant de mettre le nez dans le nouvel opus de Millet (Commencements, 2022) : 2008, quatorze ans déjà, j’avais aimé ce livre et c’est toujours le cas à la relecture. Pour sa belle langue classique, mais aussi parce que Catherine Millet, à travers la fenêtre ajourée d’un rapport au corps de l’ordre du clivage non pathologique, parle surtout d’amour et de liberté. Elle ne donne rien en modèle à suivre, préfère explorer littérairement « les paradoxes dont s’arrange notre conscience pour nous permettre de vivre nos propres contradictions », ainsi que les pensées et affects qui emprisonnent, ce qui fait que le lecteur (ou la lectrice je suppose) peut se sentir proche d’elle sans avoir tout-à-fait les mêmes expériences. Un très beau texte, qui met le corps au centre de l’expérience littéraire. 

Millet, Catherine – Jour de souffrance – Flammarion 2008