Actéon à Cargèse

Thomas, Henri - Le promontoire - L'Imaginaire Gallimard
Thomas, Henri – Le promontoire – L’Imaginaire Gallimard

Dès le début du roman, le narrateur indique : « Mais la vérité d’une conversation ne vient pas de l’exactitude des anecdotes racontées ; elle est dans le mouvement, dans l’invention, dans l’amusement d’une parole qui peut faire apparaître bien des choses et même les plus vraies, détachées de la vie personnelle et projetées dans une réalité ouverte. » Henri Thomas semble nous donner ici comme un résumé de son roman, comme un programme d’écriture. On est en Corse du Sud, probablement au nord d’Ajaccio, non loin de Cargèse : le écrivain nous dit qu’il lui arrive quelque chose qu’il ne comprend pas. Le lecteur devine l’attirance irrémédiable que l’île provoque, et découvre une autre belle variation sur la solitude, comme celle lue dans « La nuit de Londres ».
Prix Femina 1961 (la même année, Sollers obtenait le Médicis pour « Le parc »), voici donc un beau roman mystérieux. 

Thomas, Henri – Le promontoire – L’Imaginaire Gallimard
  
 

Dérober Rimbaud

Thomas, Henri - Une saison volée - nrf Gallimard
Thomas, Henri – Une saison volée – nrf Gallimard

Le protagoniste, de retour d’Amérique, est à Paris, dans l’île Saint-Louis, où il se met à s’occuper d’un vieil arménien : cet aspect humaniste de ce roman de 1986 (donc écrit à la fin de la vie de l’auteur) nous surprend un peu par rapport à d’autres romans lus de Henri Thomas, mais nous plaît beaucoup. Il y a aussi une société plus ou moins secrète d’individus ayant joué des rôles peu reluisants pendant la guerre donnant un air modianesque au roman, et un manuscrit de Rimbaud rendant fou les personnages et l’écriture dans la dernière partie du livre. C’est donc un roman surprenant et déconcertant. 

Thomas, Henri – Une saison volée – nrf Gallimard
 
 

Les ondes des chats

Thomas, Henri - John Perkins suivi de Un scrupule - Gallimard
Thomas, Henri – John Perkins suivi de Un scrupule – Gallimard

Colère entre John (alcool) et Paddy (short noir à galons rouges). Mais John ne peut pas partir
La mort de Jim, l’ami guitariste, et il y a les oiseaux, le chien et des chats qui dégagent des ondes mystérieuses
Jamais John n’a frappé Paddy, mais il casse les meubles
Fracas
Le professeur Godwin qui regarde parfois par sa fenêtre habite en face
Les bureaux de l’outillage électronique et des souvenirs de Dijon et de la fille du notaire…

On est dans la région de Concord Massachusetts non loin de l’étang de Walden cher à Henri David Thoreau, et dans un roman ayant obtenu le prix Médicis en 1960, un roman étonnant avec deux fins distinctes, un procédé d’écriture analogique des hésitations du héros.
Encore un bon livre de l’oublié Henri Thomas.  

Thomas, Henri – John Perkins suivi de Un scrupule – Gallimard
 
 

Ombres de Londres

Thomas, Henri - La nuit de Londres - L'Imaginaire Gallimard
Thomas, Henri – La nuit de Londres – L’Imaginaire Gallimard

Le narrateur errant dans la nuit explore l’expérience du vide dont il fait son observatoire, essayant de comprendre la foule londonienne. Les événements sont avant tout textuels dans ce roman datant de 1956, dans lequel on goûte avec délectation (« on goûte avec délectation », quel poncif d’expression !) cette prose d’un auteur rangé sur l’étagère des oubliés, un lieu recelant pourtant des trésors. Si l’on omet le dernier chapitre, qui ramène le texte vers le classicisme, les pages précédentes, dans leur style d’écriture, semblent annoncer le nouveau roman.

Henri Thomas (1912-1993) est donc à ressortir de l’ombre. Certains de ses romans se lisent dans la collection L’imaginaire Gallimard, qui regorge de pépites (« regorge de pépites », quel lieu commun encore) littéraires. On y va. 

Thomas, Henri – La nuit de Londres – L’Imaginaire Gallimard
 
 

Mystère de l’oubli

Alors que « Le promontoire 1961 » se passait en Corse et « La nuit de Londres 1956 » vous savez où, l’intrigue intrigante du « Parjure 1964 » se situe aux États-Unis où l’auteur Henri Thomas a enseigné la littérature pendant deux ans. La nature est encore plus présente dans ce roman, notamment dans le premier et le troisième tiers, opposée aux lois de l’homme, au mensonge, à l’indifférence. L’écriture de Thomas est toujours aussi mystérieuse, déconcertante et à nulle autre pareille et nous entraîne dans un drame étrange, drame qui est certes celui du protagoniste principal de l’histoire, mais aussi celui de l’écriture, processus personnifié ici par un narrateur dont les motivations resteront en partie énigmatiques. Le poète Philippe Jaccottet a écrit la préface de cette édition et cela n’est pas étonnant : le roman fait de nombreuses allusions à Hölderlin, dont Jaccottet a été le traducteur.

Bref, on a ce qu’il faut pour avoir envie de continuer la découverte de l’œuvre de cet auteur un peu oublié, oubli qui est là aussi un vrai mystère. 

Thomas, Henri – Le parjure – L’imaginaire Gallimard 1995