Écrits du grand vent

Kenneth White. Le mouvement géopoétique. Poesis éditions 2023  
Kenneth White. Le mouvement géopoétique. Poesis éditions 2023  

Avec ce petit opuscule de 15 pages, le poète Kenneth White nous fait un petit signe depuis sa retraite de Trebeurden et du haut de ses 87 ans.

Hölderlin nous appelait à « habiter poétiquement le monde ». C’est ce que fait White depuis longtemps avec une poétique qui se veut « première saisie globale des choses, une organisation sensorielle-intellectuelle précédant la philosophie et la science, mais pouvant les inclure ».

Kenneth White nous embarque encore et toujours dans son errance poétique déterminée par le vent et les embruns, par l’ouvert et le nomadisme intellectuel, la rêverie et la géopoétique et nous rappelle que « vivre poétiquement » sur la terre, « c’est se sentir exister dans un espace-temps où circulent les grands courants poétiques de la planète ».

C’est l’occasion : un lecteur te salue, White, et te remercie. 

Kenneth White. Le mouvement géopoétique. Poesis éditions 2023  

Errances géopoétiques

En
relisant l’œuvre de Kenneth White, je ne peux m’empêcher de faire des
rapprochements entre son concept de nomadisme intellectuel et celui
d’errance (ou dérive) chez les situationnistes, de même qu’entre sa
« géopoétique » et la psychogéographie des situationnistes et de Debord :
des idées apparues à peu près à la même époque.  Peut-être existe-t-il
une étude comparative à ce sujet (on pense aussi à des rapprochements
possibles avec l’œuvre d’Augiéras) …  Quoiqu’il en soit, pour ce qu’il en est du grand air frais du large,
c’est chez Kenneth White qu’on le trouvera, notamment dans ce « Plateau
de l’albatros », errance littéraire entre philosophie, poésie et science,
avec des relectures passionnantes d’Ovide et de Thoreau, de Cendrars et
– de manière plus inattendue – de Katzanzakis, Humboldt, Renan,
Caillois… On fait même un bout de chemin avec Lapérouse, et le livre
se termine en compagnie de Hölderlin, ce qui n’est pas fait pour nous
déplaire…  En vieux chinois, le terme pour « intellectuel » est : l’homme du vent et
de l’éclair. On y est…  White, Kenneth – Le plateau de l’albatros – Le mot et le reste 2018
  
 

Le monde blanc

Le monde blanc

Excitation et joie de retrouver Kenneth White dans son dernier livre qui est une autobiographie, tout autant intellectuelle qu’évènementielle. Le grand air poétique auquel il nous a convié déjà depuis longtemps se retrouve dans toutes les pages où il raconte sa vie et ses voyages ; sa malice de rebelle éternel nous fait sourire quand il narre sa vie de professeur d’université. L’intérêt du lecteur est attisé dans la partie autobiographie intellectuelle du livre, retraçant son parcours de chercheur en géopoétique : on trouve logique de retrouver aux sources du concept de nomadisme intellectuel des noms comme Thoreau, Whitman, Rimbaud ; on est plus intrigué de trouver comme origines à ces idées Spengler et Emerson et on est ébloui par les pages sur Heidegger… Le livre est passionnant, se lit d’une traite et donne envie de replonger dans l’œuvre de Kenneth White.
Il donne la nostalgie de la première lecture éblouissante faite il y a longtemps de « La route bleue » ; son livre prend une tournure mélancolique quand on se souvient que l’écrivain à 86 ans : il prend ainsi une allure de testament littéraire.  Kenneth White (1936-2023) est décédé peu de temps après la rédaction de cette note.  White, Kenneth – Entre deux mondes – Le mot et le reste 2021