Chacun d’entre nous possède quelques livres qu’il relit sans
cesse, des œuvres vers lesquelles il revient en permanence :
pour moi dans le domaine de la poésie, il y a Rimbaud, Baudelaire,
mais aussi Dante et Hölderlin, Sylvia Plath et Emily Dickinson… Et
Le Pont Mirabeau, d’Apollinaire, sans doute le poème que j’ai le
plus souvent lu et relu, avec le recueil « Alcools ».
Je
mets donc ce volume de la Pléiade dans mon Panthéon littéraire,
sur l’étagère des livres préférés, ceux que j’emporterais
sur l’île déserte en cas d’urgence.
On
lit fréquemment que « Le pont Mirabeau » serait le plus
beau poème de la langue française : bien que ne portant pas
beaucoup de crédit à ce genre de classement, j’aurai tendance à
le croire… On peut faire sur l’internet l’expérience d’écouter
Apollinaire lui-même lire son poème dans un enregistrement datant
de 1913, cela est étonnant et émouvant.
(https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Le_Pont_Mirabeau_-_Apollinaire_(1913).ogg)
« À
la fin tu es las de ce monde ancien », cela entraîne
toujours autant, et le dernier vers de ce premier poème du recueil
« Alcool », qui m’avait stupéfié lors de la première
lecture, m’impressionne encore. Quant à l’unique cordeau des
trompettes marines – puisse-t-il être le chantre de mes nuits – son
pincement résonne toujours plus fort que le son de la mer :
mais peut-être faut-il déjà avoir touché cet instrument de
musique pour comprendre.
Apollinaire – Œuvres poétiques – nrf Gallimard La Pléiade