Mains tendues

François Bon
Impatience
François Bon
Impatience

Le dispositif noir fait référence au théâtre, la performance évoquée laisse entendre le texte même qu’on est en train de lire : l’acte est dans le texte de l’acte. Autour, la ville affleure ainsi que la colère qu’elle contient.

Le texte est entre prose poétique et pièce de théâtre, dans l’espace entre la rue et la salle noire, c’est-à-dire le chemin que font les mots de la ville pour porter la colère. 

Ce texte écrit en 1998 dans un théâtre semble être prophétique de mouvements sociaux récents : mais dire cela l’enferme dans une interprétation univoque qui le réduit. Il est aussi interrogation sur les mots, le roman, la forme littéraire. Au fil des pages la révolte gronde : c’est que l’auteur se préoccupe des êtres et des lieux qui habituellement indiffèrent. Il reste les bras ouverts pour dire la vérité du monde. Ici, on éclaire les cerveaux. 

François Bon. Impatience. Éditions de Minuit, 1998  

Je vivrai

Racine, Jean - Bérénice - Flammarion 2013

Pour Bérénice, Titus semble n’être d’abord qu’un fantasme, celui de la puissance politique, donc sexuelle, tandis qu’Antiochus semble avoir renoncé avant même d’avoir commencé. 

Même s’il ne prend point « pour juge une cour idolâtre », Titus s’inquiète de ce que pourront penser les réseaux sociaux de l’époque (« que dit la voix publique ? ») de son projet d’union avec Bérénice, la reine étrangère. 

Dans cette tragédie du renoncement, du regard et de la cruauté, le vers racinien accueille la plainte de Bérénice dans un chant déchirant et magnifique du regret, dans lequel même Racine renonce, il renonce aux morts violentes habituelles de la tragédie et ne nous laisse, à la fin, que le mot « Hélas ! ».

Très fort.

Racine, Jean – Bérénice – Flammarion 2013


 

Personne ne t’écoute.

Dorst, Tankred - La grande imprécation devant les murs de la ville - L'Arche 1997 
Dorst, Tankred – La grande imprécation devant les murs de la ville – L’Arche 1997 

La grande muraille face à laquelle la jeune femme lance ses imprécations est une métaphore rendant universel le propos de cette pièce de théâtre datant de 1961 (date de la construction du mur de Berlin, faut-il le rappeler).
Le langage, l’identité des personnages se heurtent au mur de la dictature. La féminité et le désir font face au mur de la masculinité. La loi soumise à l’arbitraire fait perdre aux mots leur sens et leur force, la vérité perd sa fonction de découverte.
La relecture de cette œuvre accroche des résonances contemporaines, et c’est effrayant. 

Dorst, Tankred – La grande imprécation devant les murs de la ville – L’Arche 1997 
  
 

Denis l’aérolithe

Podalydès, Denis - Célidan disparu - Mercure de France 2022
Podalydès, Denis – Célidan disparu – Mercure de France 2022

La référence à Michel Leiris faite par Podalydès dans son livre doit être probablement comprise comme un modèle de ces fragments autobiographiques dans lesquels l’auteur se livre avec une franchise surprenante. Son livre précédent sur le théâtre (« Les nuits d’amour sont transparentes ») était impressionnant, celui-ci autobiographique nous plaît tout autant, nous permettant d’approfondir la connaissance d’un comédien majeur de notre temps, et de partager avec lui des expériences concernant l’enfance, la famille, l’amour, la vocation, dans un mode d’écriture confirmant un vrai écrivain. 

Podalydès, Denis – Célidan disparu – Mercure de France 2022