Vallée du désir

Michon, Pierre - La Grande Beune - Folio Gallimard 2006
Michon, Pierre – La Grande Beune – Folio Gallimard 2006

La vallée de la Beune n’est pas une fiction : le cours d’eau chemine à l’ouest des Eyzies depuis les environs de Saint-Geniès, pour se jeter dans la Vézère au pied de la statue de Cro-Magnon. Le ruisseau passe au pied de l’un des sites les plus spectaculaires de la région, le château de Commarque, faisant face à celui de Laussel. Pour les cinéphiles, on voit ce lieu dans les dernières scènes du film « Les duellistes » (1977) de Ridley Scott, lors du dernier duel entre Harvey Keitel et Keith Carradine (le tout dernier plan, lui, montre la vallée de la Dordogne à la Roque-Gageac).

Le lieu a aussi probablement servi de modèle à Robert Merle pour son roman « Malevil ». Les grottes au pied du château étaient hantées par l’écrivain François Augiéras dans les années 60-70. Plus important pour le roman de Michon : la région est celle d’une des plus grandes concentrations au monde de sites préhistoriques.  

La vallée de la Beune est une fiction : le personnage du roman y arrive en 1961, un début qui semble discrètement placé sous l’évocation de Dante et de la Divine Comédie : une allusion à cette œuvre page 22 (l’amour qui meut les étoiles) vient confirmer cela. Une sorte d’enfer, donc, bien doux pourtant, porté par les fonds anciens d’une culture locale venant du fond des âges et surtout par les tourments du désir qui troublent le jeune personnage du roman de Michon.

L’Achéron à traverser est ici celui du passage à l’âge adulte dans un pays fait d’âges au passé archaïque et indéfini. L’accompagnateur de Dante était Virgile : ici, le jeune narrateur trouve une accompagnatrice, l’hôtesse Hélène, comparée à la Sybille de Cumes, prophétesse au langage énigmatique qu’on retrouve dans les métamorphoses d’Ovide. Le désir, lorsqu’il apparaît, éclate dans une dimension animale sans être bestiale sinon dans le fantasme, archaïque et sensuelle, transperçant de ses flèches le héros s’identifiant à un saint Sébastien local (Jean-Gabriel Perboyre). Plus loin, c’est l’univers des contes qui
entre en jeu dans l’épisode du renard dans lequel la femme convoitée devient une princesse aux airs de fée rurale.
La visite d’une grotte est comme un retour à la matrice, au sein maternel, une dernière hésitation avant d’entrer dans l’âge adulte. Ce texte court recèle plus de richesses que ne peuvent en contenir nos rêves. 

Michon, Pierre – La Grande Beune – Folio Gallimard 2006
  
 

Une plume pour oiseaux

Fortier, Dominique - Les villes de papier, une vie d'Emily Dickinson - Le Livre de Poche 2022
Fortier, Dominique – Les villes de papier, une vie d’Emily Dickinson – Le Livre de Poche 2022

Le village d’Amherst, Massachusetts, milieu du XIXe siècle : un merle se pose sur l’appui d’une fenêtre, il y a dans la bibliothèque des ouvrages qui s’abreuvent à l’eau des fleurs – car transformés en herbiers – et au-dehors les processions sur la route du cimetière. La maison est peuplée de livres et de gravures, beaucoup moins de poupées et de peluche et les merveilles hypnagogiques sont le cri de l’oiseau moqueur, la première neige et un encrier qui ne se vide jamais.
Dominique Fortier choisit l’évocation sous forme de courts chapitres et réussit ainsi à nous transporter dans l’espace et le temps près d’Émile Dickinson, donnant judicieusement une teinte poétique à sa prose qui sort ainsi de l’aspect narratif ou événementiel de la biographie sans pour autant négliger les histoires et les informations sur la vie d’Emily.

« Tous s’entendent pour dire qu’Emily Dickinson n’avait qu’une sœur, Lavinia, dite Vinnie, née deux ans après son aînée. Mais en réalité, elle a trois autres sœurs, cachées dans sa chambre : Anne, Charlotte, Emily, comme elle. Les Brontë y vivent en bonne harmonie avec le reste de la famille d’Emily : Browning, Emerson, Thoreau. » p. 128

Fortier, Dominique – Les villes de papier, une vie d’Emily Dickinson – Le Livre de Poche 2022
  
 

Le rouge-gorge d’Amherst

Dickinson, Emily - Lieu-dit éternité - Points Seuil 2022
Dickinson, Emily – Lieu-dit éternité – Points Seuil 2022

Hantée par la mort, cette poésie ? Pas tout-à-fait quand on découvre l’ironie parfois féroce avec laquelle la poète d’Amherst emballe ses poèmes dans des conclusions surprenantes, telle cette prière inattendue :
Au nom de l’Abeille –
Et du Papillon –
Et de la Brise – Amen !

La force des mots est ici analogique de la force de caractère de l’auteur, qui préfère noter que les oiseaux se sont envolés plutôt que de s’attarder à un bavardage mortifère.
Les oiseaux et les abeilles plutôt que la pompe funèbre : la disparition d’un être retourne ainsi à la nature. Pas de froideur là-dedans, mais retour à l’apaisement possible d’un chagrin débarrassé – par les mots du poème – de ses costumes sociaux.
Et il y a aussi le rouge-gorge pour nous dire comment s’est levé le soleil…

Dickinson, Emily – Lieu-dit éternité – Points Seuil 2022
  
 

Vin & tulipes

Khayam, Omar - Rubayat - Poésie/ Gallimard 1994
Khayam, Omar – Rubayat – Poésie/ Gallimard 1994

L’aspect parfois rabelaisien avant l’heure de ces quatrains moyenâgeux de Omar Khayam les rend très plaisants au lecteur moderne.
On peut les lire comme poèmes d’un sceptique bon vivant, comme expression d’un épicurisme tardif ou d’un stoïcisme médiéval (voir la préface d’André Velter). Sujets à interprétations diverses, ils sont tout à fait susceptibles de combler les lecteurs modernes adeptes de réjouissances littéraires. 

Après vérification, Rabelais ne semble pas y faire allusion dans ses cinq livres : aurait-il raté quelque chose ?  Allez, l’un de mes préférés :

« Ils disent tous : «  Il y aurait, il y a même un enfer ! « 
Blablabla ! Le cœur ne doit pas s’émouvoir !
Si tous ceux qui font l’amour et qui boivent sont de l’enfer,
Demain le Paradis, comme le creux de la main, est désert
. »

Khayam, Omar – Rubayat – Poésie/ Gallimard 1994
  
 

Muse inquiète

Godi, Patricia - Sylvia Plath, mourir pour vivre - Éditions Aden, Bruxelles 2006
Godi, Patricia – Sylvia Plath, mourir pour vivre – Éditions Aden, Bruxelles 2006

L’exploration de l’œuvre de Sylvia Plath ne cesse d’être pleine de surprises et de bonheurs de lecture et fait d’elle l’une de nos auteures préférées.
Cette biographie détaillée est un bel outil de voyage dans les écrits de Plath, car elle ne se contente pas de raconter la chronologie de vie, mais replace les évènements et les textes dans le contexte de l’époque, ce qui permet de mieux comprendre les comportements et les textes de Sylvia.
Elle est aussi la description du vécu exemplaire d’une intellectuelle face à la domination masculine des années 50, ce qui n’est pas sans résonances modernes, mais pas seulement : on y lit aussi le récit de la dépression face à l psychiatrie de l’époque dans ce qu’elle peut avoir de pire (les électrochocs) ou de meilleur (la psychanalyse avec Ruth Beuscher), ainsi que celui de la République des lettres du moment.
Cette recherche instructive de la spécialiste Patricia Godi (dont on a aussi envie de lire le livre qu’elle a écrit sur Anne Sexton) peut donc se lire avec profit en ayant à proximité le volume de la collection Quarto Gallimard (coordonné par P. Godi) qui contient la presque totalité de l’œuvre de Plath (poèmes, romans, nouvelles, journaux…).
Vive la lecture !  

Godi, Patricia – Sylvia Plath, mourir pour vivre – Éditions Aden, Bruxelles 2006

Plath, Sylvia – Oeuvres – Quarto Gallimard 2011
 


L’être et le mendiant


 

Elias Canetti Les voix de Marrakech
Elias Canetti
Les voix de Marrakech

Rien de ce qui est humain ne semble étranger à Elias Canetti, qui nous offre dans ce beau petit livre des descriptions de comportements qui se révèlent être une réflexion sur l’altérité, l’essence de l’être. 

Journal d’une visite à Marrakech en 1953, Canetti décrit des relations humaines éternelles, en lien avec la survie et la misère, ainsi que la domination coloniale. 

Sa description des écrivains publics de la place Jemaa El Fna est l’occasion d’une réflexion sur le langage et l’écriture, ses visites chez l’habitant lui renvoient l’image de son statut d’européen. 

Fascinant, poétique et humaniste.

Canetti, Elias – Les voix de Marrakech – Le Livre de Poche 2002

Baroque et (un peu) fou

Philippe Muray Le XIXe siècle à travers les âges
Philippe Muray
Le XIXe siècle à travers les âges

Ça commence dans un cimetière débordant en 1786, en passant par les catacombes et le Panthéon, ça se termine avec la mort de Satan et celle de Baudelaire en 1867.

Muray propose une histoire littéraire du XIXe siècle en vue de mieux comprendre celle du XXe. « Pour voir où nous en arrivons, ce sont les hauts-fonds qu’il faut explorer, chercher patiemment les boîtes noires des vieux engins tombés en mer qui  » bipent  » encore cent ans après. » p. 203

Le point de vue, celui d’une époque hantée par la mort et l’occultisme, est original et la prose somptueuse de l’auteur, classé par Antoine Compagnon parmi les « Antimodernes » et par Lindenberg parmi les « nouveaux réactionnaires », nous entraîne dans un maelström culturel étonnant et érudit, et passe en revue les auteurs choisis : Comte, Michelet, Hugo, Baudelaire, Renan, Balzac, etc.

Ça part dans tous les sens et c’est assez baroque au point qu’on s’y perd parfois, qu’on se demande de quoi il parle.
Son obsession de vouloir à tout prix relier socialisme et occultisme n’est pas vraiment convaincante mais à coup sûr, on a là une revue littéraire beaucoup plus caustique et stylée que chez Lagarde et Michard, Émile Faguet ou Sainte-Beuve, et nettement moins précise que Michel Foucault pour la partie histoire des idées…
Mais voir dans l’Hyperion de Hölderlin «une sorte de socialisme primitif inconditionnel » paraît à côté de la plaque. (p. 437)

Le chapitre sur Auguste Comte nous fait découvrir la « folie » de celui-ci, le délire sur lequel s’est achevé le positivisme, et rien que ces pages étonnantes valent le détour.
Plus loin (p. 187), le propos prend un tour comique avec Chateaubriand : « Les Mémoires d’outre-tombe sont la seule tombe proclamée telle qui ne soit pas en même temps une outre. Où la mémoire passe vraiment outre à la tombe pleine comme une outre. »
On appréciera aussi le passage sur Huysmans, les pages sur Ernest Renan et le beau final sur Baudelaire.

Les 700 pages de ce « XIXe siècle à travers les âges » sont un livre un peu fou visant à mieux comprendre d’où viennent les folies du XXe siècle. Il est possible qu’elles donnent quelques pistes pour aborder ce XXIe siècle marqué par le retour de l’occulte, du caché, du complot et de l’altération de la vérité. Ces pages constituent une expérience de lecture à la fois jouissive et éprouvante, aussi folle que ce texte. On ne s’étonne donc pas de retrouver plusieurs fois dans ce livre une référence rare au fou littéraire Jean-Pierre Brisset.

Exemple.

« La monotonie brillante et roulante, assommante et formidable, malaxante et géologique de Hugo ne cesse de tourner autour de cette affaire. Je ne sais pas dans quel état il faut être aujourd’hui pour accepter de se laisser glisser naturellement dans ses marées d’alexandrins, ses incantations, son vaudou dixneuviémien. Hugo ne fait pas de poésie ou de prose. Il rame. Barque de Dante, Styx romantique. Rythme des démons ensorceleurs, Conjurations. Exhortations. Il essaye de faire de la magie, de sonder l’avenir par mantras, contraindre le futur à apparaître. Ses esprits, ses divinités. Les enchaîner comme Apollon, dieu des rythmes, enchaînait les déesses du destin. Rythme, étymologiquement, significe aussi enchaîner. L’alexandrin de Hugo se déroule comme des chaines serpentant. Dans un éternel retour éternellement poétique. Un bruit de lasso métaphysique. Infatigablement, c’est l’océan homogène, euphorique et unitaire. Le ramage des pesants coups de rames. Hugo est un honnête travailleur des mers, il a inventé en somme l’alexandrin- métempsycose. Transmigration en douze syllabes. Samsara à l’hémistiche. La fortune de l’alexandrin commence au 16 siècle, c’est le vers français par excellence. Et au fond, ce succès incroyable et perpétuellement confirmé d’une des valeurs les plus solides (même attaquée par la modernité comme elle l’a été) de notre patrimoine, n’a jamais été réellement analysé. L’alexandrin est la figure prosodique parfaite correspondant au réincarnationnisme général de la communauté. Normal par conséquent qu’il occupe la première place au 19 siècle. Et que Hugo n’arrive en somme, avec sa versification colossale, que pour dévoiler par ses vers de douze pieds indéfiniment recommencés la religion passionnelle de la métempsycose qui est devenue le culte naturel de la nouvelle société. La réincarnation parle français. Presque tout le 19ème s’exprime au fond en alexandrins, même lorsqu’il s’agit de prose. Et il continue encore au 20ème : il suffit de penser à l’œuvre d’un Aragon, le soviétisme à la française dans le surenchérissement des douze pieds… Inutile de s’étonner. Il est dans la logique du dispositif dont j’essaie d’évoquer les replis et les profondeurs que le socialisme stalinien soit entré comme chez lui dans la versification métempsycotique à l’égyptienne, à l’orphique ou à la pythagoricienne. Ou à l’indienne. Ou à la néoplatonicienne. En tout cas pas à la biblique ni à la catholique. C’est Aragon qui, de nos jours, a fait tourner le moulin à prières des alexandrins. Justement pas Claudel, poète chrétien imprégné des Psaumes, Des deux, c’est par conséquent Aragon, poète officiel du Parti communiste, qui s’intègre le mieux à notre histoire des religions… »
Page 332


Muray, Philippe – Le XIXème siècle à travers les âges – Tel Gallimard
  
 

Noir désir

Michel Leiris L'Âge d'homme précédé de L'Afrique fantôme
Michel Leiris
L’Âge d’homme précédé de L’Afrique fantôme

Ce journal (L’Afrique fantôme) écrit de 1931 à 1933 au cours de la célèbre mission ethnographique et linguistique Dakar-Djibouti, dirigée par Marcel Griaule, est à la croisée de l’œuvre autobiographique et de l’écrit ethnologique.

C’est aussi le récit d’un voyage intérieur, durant lequel Leiris affirme sa vocation d’écrivain, découvre celle d’ethnologue et nous offre un trajet en grand style pour l’écriture, et un regard critique sur les pratiques ethnologiques de l’époque, liées à celles de la domination coloniale.

Un grand livre d’écrivain sur un épisode étrange et peu glorieux de notre histoire. 

« Grand examen de conscience : j’aurai beau faire, je ne serai jamais un aventurier ; le voyage que nous effectuons n’a été jusqu’à présent, en somme, qu’un voyage de touristes et ne semble pas près de changer ; je suis impardonnable d’être ici alors qu’il y a en Europe une action si urgente à mener. En arriverais-je donc à vivre comme si c’était un vain mot que le mot « révolution » ? Tout ce que j’ai fait depuis des mois se réduirait-il à avoir échangé une attitude littéraire contre une attitude scientifique, ce qui, humainement, ne vaut pas mieux ? Romprai-je jamais définitivement avec les jeux intellectuels et les artifices du discours ? » 30 mars 1932 

Leiris, Michel – L’Âge d’homme précédé de L’Afrique fantôme –  Gallimard La Pléiade 2014
  
 

Boucles et spirales

Lacan, Jacques - Le séminaire livre XIV, La logique du fantasme - Seuil & Le Champ Freudien 2023
Lacan, Jacques – Le séminaire livre XIV, La logique du fantasme – Seuil & Le Champ Freudien 2023

Bon, voici un évènement éditorial, la parution, enfin, d’une nouvelle année (1966-1967) du séminaire de Jacques Lacan : au rythme auquel J.-A. Miller les édite (17 sur 25, si on a bien compté), on devrait voir le séminaire complet dans des décennies. Heureusement que les lecteurs de maître Jacques disposent depuis longtemps du séminaire complet sur internet (staferla.fr).

Ce XIVe opus a ceci de particulier qu’il est prononcé juste après la parution des « Écrits », rapport à l’écrit dont Lacan nous dit qu’il essayait de l’éviter jusque-là.

Sa pensée oralisée se met donc à creuser la question du fantasme dans le registre de la logique, c’est-à-dire en lien avec le signifiant, une logique qui lui permet d’affirmer tout d’abord qu’il n’y a pas de métalangage.

Opposer ici les « Écrits » de Lacan à ses séminaires oraux n’a rien de banal, il démontre lui-même, à l’oral, ce que le monde de l’écriture a de spécifique, qu’il peut se fermer sur lui-même, et il déploie sa pensée à l’oral, autour de l’idée que « nul signifiant ne saurait se signifier lui-même. »

Lacan manie ainsi la logique stoïcienne pour interroger le registre de la vérité et proposer une relecture critique de Freud (et plus loin de Sartre ou de Levi-Strauss) décortiquant la conjonction et l’implication.
Sa pensée s’appuyant sur la logique mathématique, tournant autour du « un-en-plus » du paradoxe de Russel, paraît très abstraite, mais renvoie en permanence au concret de la cure psychanalytique : l’identification, l’interprétation, la résistance, les défenses…

La pensée tourne ici en spirales ou boucles successives, faisant des détours par Aristote ou Descartes et Saint Anselme (!), produisant des sauts du discours souvent surprenants, comme ceux qui nous mènent de la structure logique du cogito jusqu’au célèbre fantasme « « un enfant est battu ».

On voit aussi passer Roman Jakobson dans le séminaire (le 1er février 1967) qui nous dit que le linguiste est un homme qui garde une attitude infantile envers la langue, et c’est formidable.

Lire ou relire un séminaire de Lacan est toujours une aventure périlleuse voire éprouvante, qui fait entrer dans un des hauts lieux de la culture de la fin du XXe siècle, un topos brassant aussi bien l’histoire de la psychanalyse que celle de la philosophie, de la logique, de la linguistique et des mathématiques et proposant des modes de pensée inouïs et étonnants.

Une aventure passionnante à réserver peut-être, en-dehors des psychanalystes lacaniens, aux aventuriers du signifiant perdu, aux Indiana Jones de la lecture (rires)…  

Lacan, Jacques – Le séminaire livre XIV, La logique du fantasme – Seuil & Le Champ Freudien 2023


  
 

L’instant sans après

Jankélévitch, Vladimir - La mort - Champs Flammarion 2017
Jankélévitch, Vladimir – La mort – Champs Flammarion 2017

Jankélévitch débute son livre en indiquant : « On peut douter que le problème de la mort soit à proprement parler un problème philosophique. »

Mais comme il prend les choses dans le détail, cette première phrase est à comparer à l’incipit célèbre du « Mythe de Sisyphe » de Albert Camus : « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. » 

L’ami Vladimir nous entraîne ainsi dans les spirales du langage et les circonvolutions de la pensée pour, au fond, nous parler de la liberté, ce qui est plutôt susceptible de nous inviter à persévérer dans notre être de lecteur, comme dirait l’ami Spi.

Il nous apprend ainsi que c’est la négativité et l’invincibilité de la mort qui donnent un sens, une vocation, une direction définie à notre activité transformatrice et progressiste. (p. 156) Ce livre est rédigé d’une manière beaucoup plus claire (pour moi) que les trois volumes du « Je ne sais-quoi et le presque-rien », et propose de quoi se nourrir avec une belle réflexion sur le temps et, on l’a dit, la liberté. 

Vladimir trouve ainsi son Estragon en la personne du lecteur persévérant.  

Jankélévitch, Vladimir – La mort – Champs Flammarion 2017