Shuni
est le troisième livre de Naomi Fontaine, après Kuessipan 2011 et Manikanetish 2017.
Nous sommes toujours près de Sept-Îles dans la communauté innue de
Uashat Mak Mani-Utenam (réserve N° 27 en langage du colonisateur),
à plus de 7h30 de route de Québec au nord-est. Naomi Fontaine écrit
en français, cela n’est pas un choix dont elle s’explique dans
ses livres.
Naomi
Fontaine, à travers des chapitres courts constituants souvent de
petites narrations complètes, décrit ce qu’est être une
colonisée dans une réserve au Québec de nos jours. Elle écrit à
son amie Julie (Shuni en langue innu-aiman) qui doit venir apporter
son aide dans la réserve, en l’avertissant : « Je sais
que l’intention est bonne. Mais je sais aussi que ce n’est pas
suffisant ». L’avertissement noté en début de livre est un
procédé littéraire récurrent chez Naomi Fontaine, il existait
déjà dans Kuessipan et dans Manikanetish. L’auteure nous rappelle
que si le mot liberté n’existe pas dans sa langue, c’est qu’il
est un concept intrinsèque à tout ce qui existe dans la vision du
monde des innus.
Naomi
Fontaine nous propose donc un troisième texte aussi fort que les
précédents, dans un mode d’écriture simple et maîtrisé,
laissant émerger l’émotion par petites touches, nous transportant
dans un univers étrange, sans misérabilisme ni idéalisme, un
univers particulier dont les problématiques nous parlent grâce à
ses talents d’écrivain, mais aussi par que celles-ci renvoient à
des thèmes plus universels.
Trois
beaux livres que je tenais à mettre en avant. Je vais
surveiller la publication du prochain…
Un
bon livre en appelle d’autres, celui-ci donne envie de lire
d’autres auteurs de la littérature des Premières Nations :
An Antane Kapesh, Natasha Kanapé Fontaine, Alexie Sherman…
Naomi Fontaine –
Shuni – Mémoire d’encrier – 2019
Shuni a obtenu le
prix littéraire des collégiens en 2020
Uashat Mak Mani -Utenam sur l’Internet : https://www.itum.qc.ca/