
Le village de Miquelon, situé au nord de l’île du même nom, est posé au niveau de la mer sur un banc de galets, avec la mer à l’ouest et à l’est, le Grand Étang au sud et la montée vers le cap à l’Aigle au nord. Vers la baie, les jours de bonne visibilité, on aperçoit par la fenêtre la côte de Terre-Neuve. Peu protégé des vents, le village l’est encore moins des submersions du XXIe siècle, directement liées aux changements climatiques globaux.
Anne-Solange Muis connaît bien les lieux puisqu’elle a participé aux travaux visant à la relocalisation du village, un déplacement dantesque de toute une communauté vers une colline plus élevée en altitude, là-bas en direction de Mirande, à quelques encablures du positionnement actuel, une grande aventure humaine exceptionnelle.
Dans « Écume d’hiver », elle choisit le roman pour décrire Miquelon en 2011 et nous conter des histoires de pêche dans la baie et d’errance nocturne dans la tempête, au cœur des éléments et de leur déchaînement : le vent, les embruns, la neige, le froid…
Les anciennes légendes miquelonnaises trouvent leur place explicative ou illustrative dans ce récit de perte, de séparation et de retour qui décrit bien l’environnement et la vie dans ce lieu d’exception.
La fiction trouve ici une profondeur, qu’on pourrait qualifier de sociologique, dans ces thèmes de la séparation et du retour, parce que ceux-ci renvoient aux vécus contemporains de beaucoup de Miquelonnais, notamment les jeunes obligés de partir pour leurs études, et d’autres moins jeunes s’exilant provisoirement ou définitivement pour diverses raisons.
Le deuil et la mémoire s’entrelacent, l’expérience du retour est l’occasion de perceptions retrouvées, la neige contient la douleur dans le silence. L’émotion n’arrive pas à faire trembler la maquette de bateau suspendue dans l’église de Miquelon.
Le retour n’incite pas seulement à se promener dans les rues du village afin d’y retrouver des lieux ou des visages, mais aussi à retrouver l’histoire de l’île, marquée par la pêche et les migrations. La précision du récit nous plonge de manière réaliste dans l’ambiance de l’île, dans les paysages brumeux et humides du Barachois, du morne de la Grande Montagne ou de l’étang de la Cormorandière. Un chasseur ressemblant au Basajaun rappelle les ascendances basques de beaucoup d’habitants de l’île.
Pour le personnage principal, c’est l’apprentissage de la pêche en doris qui sera le départ de ses retrouvailles avec l’île ; pour le lecteur, ce sera l’occasion d’une lecture plaisante, bien documentée à propos d’un lieu trop rarement évoqué, retrouvé ici avec beaucoup d’intérêt.
Anne-Solange Muis. Écume d’hiver. Éditions Phébus 2026


