
Ce livre est un événement littéraire en 2026 pour les proustiens, une publication qui vient en compléter d’autres parues ces dernières années, comme « Les Soixante-quinze feuillets » ou les « Lettres à sa voisine »…
Ces lettres inédites sont riches de mille et une informations sur la vie de Marcel ainsi que sur son travail d’écrivain, et témoignent, comme c’est le cas de tous ses écrits, de sa sensibilité extrême.
Au fil des années, on peut compléter l’emploi du temps de Marcel et prendre connaissance de détails de sa vie quotidienne ; analyser ses relations avec ses amis et sa famille, noter comment il est perçu par les autres, détailler ses rapports à la maladie, à son éditeur ; on redécouvre comment se développe sa pensée littéraire, quelles sont ses références et ses lectures, les spectacles où il va, etc.
On lit des lettres étonnantes comme celles envoyées à sa mère ou bien cette longue missive rédigée en 1905 à propos d’un duel.
Cette édition scientifique avec préface, notes détaillées, index des noms et des titres, reproduction photographique d’une vingtaine de lettres en cahier central, permet d’observer comment Proust écrivait (ratures, omissions, ajouts, oublis, erreurs…) mais surtout, elle nous fait entendre à nouveau, par fragments, des traces de la petite musique proustienne, ce style inimitable fait de sensibilité exacerbée, d’analyse infinie, de syntaxe insaisissable, ce mélange de narcissisme et d’attention extrême portée aux autres, souvent teinté d’humour, d’ironie et de délicatesse.
Et apprendre que selon Littré, « loyer » signifie « récompense », dans le style élevé et poétique, voilà de quoi ensoleiller une journée de lecture : « À la rigueur moi qui suis malade, si j’ai quelque intelligence, n’en pouvant avoir ce qu’on appelait autrefois le “loyer” à cause de ma santé… » 2/09/1902
On est tout aussi heureux d’apprendre que Marcel a fait envoyer ses livres (Sésame et les Lys ; La Bible d’Amiens) à Francis de Miomandre, le délicieux auteur de « Écrit sur de l’eau 1908 ».
L’émotion survient quand on lit la dernière lettre écrite par Céleste Albaret dans les derniers jours de Marcel Proust.
On aime aujourd’hui faire repos dans ces textes, rédigés à une époque où l’on attendait des réponses, où l’on s’écrivait de longues lettres et où l’on procédait à de rares « téléphonages » : leur lecture est une belle manière de mesurer le temps, de réfléchir à ce qu’est l’altérité, de redonner du sens au langage et de prendre du recul devant un quotidien actuel fait de vitesse communicationnelle technofascisante.
Marcel Proust. Cent lettres inédites. Correspondance retrouvée 1886-1922.
Honoré Champion éditeur. Bibliothèque nationale de France 2026
ISBN 9782380961553

