
Olivier le peintre, protagoniste de cette histoire, n’est pas attendu à la gare lorsqu’il répond à l’invitation de venir chez les Stirl, au cœur du Pays basque, dans une ville fictive dont le modèle est Cambo-les-Bains, ville où l’auteur Paul Gadenne (1907-1956) a fini sa vie et où il est inhumé.
Depuis la gare, traverser la rivière puis monter vers la ville : on reconnaît bien la géographie générale de Cambo, mais la ville ne ressemble plus de nos jours aux premières impressions étranges éprouvées par Olivier dans les années 50.
Celui-ci découvre une atmosphère inattendue, digne d’un roman de Vera Caspary ou de Daphne du Maurier pour l’ambiance : inquiétante étrangeté, lieu labyrinthique, hôtes insaisissables ; une ambiance qui lui fait perdre ses repères et sa contenance.
« Quelle peut être la valeur d’un livre, en dehors de celui qui le lit, et qui ensuite le porte en lui, un temps plus ou moins long, un peu comme l’auteur l’a porté ?… »
Le mystère réside surtout dans les comportements des Stirl, notamment ceux de Madame, qu’Olivier ne reconnaît plus ; ces changements affectent progressivement le peintre, qui peine à ajuster ses attitudes et à trouver une place dans cet environnement déstabilisant, où il se laisse gagner par une sorte de folie.
Les conversations deviennent le lieu de l’incommunicabilité et la conséquence, quand on ne sait plus se parler, en est l’affleurement de la violence. Olivier a la nostalgie de ses anciens échanges avec Madame Stirl mais ne comprend pas la cause des métamorphoses de celle-ci.
« Il était chez les Stirl, chez des vivants, il était vivant lui-même, et ils se comportaient tous les trois comme des fantômes. »
Un vrai mystère, une forme de suspense psychologique colore ce récit de teintes ténébreuses et d’augures hivernaux : une partie d’échecs vient à peine contenir la montée progressive de la tension.
Le roman se termine devant un miroir pour Olivier, mais aussi pour celui ou celle qui le lit : le miroir que nous tend l’auteur en nous disant en quelque sorte : « À vous de juger. »
Paul Gadenne. L’Invitation chez les Stirl. 1955. L’Imaginaire Gallimard.


