
On mesure la chance de ne pas avoir vécu l’affliction dont témoigne ce livre, due à la perte d’un enfant, un drame absolu.
Néanmoins, ce roman est de ceux qu’on lit accompagné par une immense tristesse du début à la fin, augmentée par une profonde compassion envers des personnages fictifs dont on sait qu’ils témoignent d’une histoire vraie.
Pourtant, Aramburu ne se permet aucun effet de pathos dans son récit, ni ne se tient à distance de ces éprouvés. Sans éluder l’horreur de la situation, il reste au plus près des ressentis et comportements de ses personnages (la mère, le père, le grand-père) sans en rajouter sur la catastrophe.
Le récit décrit les petits arrangements avec le quotidien que mettent en place Mariaje, la mère, et José Miguel, le père, afin de supporter la disparition de leur fils. La narration dérive vers le fantastique lorsqu’elle plonge dans la « folie » du grand-père, faite d’hallucinations.
Le romancier réussit à trouver une forme permettant le respect et l’hommage : de courts chapitres exposants les différents points de vue, mais aussi une intervention réflexive réussie, explicitée dans une note de l’auteur en prologue, qui met en scène la difficulté à trouver les mots pour raconter une telle histoire.
Ce roman de 2024, traduit de l’espagnol par Serge Mestre et publié en France en 2026, fait partie de ceux dont la nécessité apparaît évidente à la lecture, et pour lequel, après l’avoir lu, on éprouve de la reconnaissance envers l’auteur de l’avoir écrit. On a aimé le lire autant qu’on avait apprécié « Patria », paru en 2016, qui était déjà à sa manière un livre sur le deuil.
Fernando Aramburu. Le Petit. Traduit de l’espagnol par Serge Mestre. Actes Sud 2026

