Dante perfection

Dante Alighieri. La Divine Comédie. Gallimard Pléiade 2021
Dante Alighieri. La Divine Comédie. Gallimard Pléiade 2021

C’est parti à nouveau : calé sur la « vitesse de Dante », laissant toute espérance autre que celle d’une expérience langagière hors norme, on repart en compagnie de Virgile, après avoir traversé la forêt obscure et la porte du rêve, à la rencontre d’Homère et d’Horace, des amoureux Paolo et Francesca (qui trouvent l’amour en lisant !), des poètes occitans Bertrand de Born et Arnaut Daniel, pour finir par retrouver Béatrice et la lumière des étoiles, après un voyage terrible et éblouissant à travers l’enfer, le purgatoire et le paradis. Cette nouvelle édition bilingue reprend la fabuleuse traduction de Jacqueline Risset, accompagnée de tout l’appareil de notes habituel dans cette collection, l’ensemble étant complété par un dossier des lectures de Dante au XXème siècle : cette (re)lecture, accompagnée de celle des livres de Risset sur Dante (33 écrits sur Dante ; Dante écrivain ou l’Intelleto d’amore ; Dante une vie) a un goût de perfection : tiendrait-on là entre les mains l’un des plus beaux livres de la bibliothèque ?

Oui. (Un « oui » à lire en y mettant le ton de Molly Bloom…)
 

Dante Alighieri. La Divine Comédie. Gallimard Pléiade 2021

Jacqueline Risset :   

33 écrits sur Dante. Éditions Nous 2021                              

Dante, une vie. Flammarion 1999                              

Dante écrivain. Seuil 1982


 
 

Le paradis de Jacqueline

Risset, Jacqueline - 33 écrits sur Dante -Éditions Nous 2021
Risset, Jacqueline – 33 écrits sur Dante -Éditions Nous 2021

Ouvrage judicieux et passionnant, ce livre témoigne de la grande aventure intellectuelle qu’a été la traduction de la Divine Comédie de Dante par Jacqueline Risset (1936-2014), aventure commencée à la fin des années 60 jusqu’à la mort de l’auteure, ayant trouvé son point d’orgue avec la publication posthume de cette traduction dans la collection de la Pléiade en 2021. 

Camus écrivait qu’il faut imaginer Sisyphe heureux : Sisyphe, c’est Dante à l’orée du paradis ; c’est aussi le lecteur de Dante, qui y revient éternellement ; c’est aussi Jacqueline Risset qui rappelle avec humilité que toute traduction est amenée à être dépassée un jour ou l’autre. La sienne à encore bien du temps devant elle.

Belle lecture passionnante et instructive. Sisyphe heureux, vous dis-je.

Yo !  

Risset, Jacqueline – 33 écrits sur Dante -Éditions Nous 2021
 
 

Lande noire

Conan Doyle, Arthur - Le chien des Baskerville - Le Livre de Poche
Conan Doyle, Arthur – Le chien des Baskerville – Le Livre de Poche

Je relis pour la énième fois « Le chien des Baskerville » et le plaisir de lecture reste intact. 

La narration y est plus condensée et plus précise que dans les nouvelles constituant « Les mémoires de Sherlock Holmes » et Conan Doyle réussit non seulement à donner une dimension mythique à Holmes et Watson, mais aussi à donner de l’épaisseur aux personnages secondaires. 

Le décor devient un élément majeur de l’histoire et le coup de génie de l’auteur est de faire de ce mystère un vrai roman gothique (comme ceux d’Horace Walpole ou Ann Radcliffe) tirant vers le fantastique et l’horreur (Mary Shelley). Le meilleur de la série Sherlock Holmes et un classique de la bibliothèque.

Conan Doyle, Arthur – Le chien des Baskerville – Le Livre de Poche


 

Femme 1922

Victor Margueritte (1866-1942). La garçonne. Archipoche 2021
Victor Margueritte (1866-1942). La garçonne. Archipoche 2021

Curieux roman, ce livre publié en 1922 : Victor Margueritte réussit à créer un personnage, la garçonne, qui deviendra un archétype littéraire et cinématographique et à promouvoir avant l’heure (1922 !) une vision émancipée de la condition féminine. Certes, cette vision témoigne des contradictions de l’époque à ce sujet (avec une fin retournant dans le giron littérairement convenu du mariage) mais l’auteur réussit des pages féroces sur la société des années folles, en anthropologue visionnaire, en montrant les élans et les hésitations d’une femme moderne face à la domination masculine. C’est donc à la fois limité par les préjugés du temps et étonnamment moderne, très plaisant à lire pour qui veut goûter de temps en temps aux délices d’une littérature désuète et oubliée, et néanmoins de grande qualité. 

Victor Margueritte (1866-1942). La garçonne. Archipoche 2021  


 

Un seul geste, une seule parole

Gérard Macé. Les trois coffrets. nrf Gallimard 2016
Gérard Macé. Les trois coffrets. nrf Gallimard 2016

À partir d’un nom, « l’allitération du désir », la passion du déchiffrage et de l’interprétation (qui sont les moteurs des vrais lecteurs) se mettent en marche, entre rêve et oubli, mémoire et déréliction, pour nous offrir un beau morceau de littérature. 

Entre obscurité du poème et incertaine clarté du récit, le lecteur n’est pas étonné de retrouver la figure de Champollion, le déchiffreur en chef. 

Des signes venus du passé antique ravivent la mémoire de l’auteur car il sait les lire et les écrire, pour nous donner encore un beau court texte magique : merci monsieur Macé.

Gérard Macé. Les trois coffrets. nrf Gallimard 2016

Tout sur Annie

Ernaux, Annie - Collectif - Cahier de L'Herne Annie Ernaux - L'Herne 2022
Ernaux, Annie – Collectif – Cahier de L’Herne Annie Ernaux – L’Herne 2022

Ce Cahier de L’Herne consacré à Annie Ernaux est une véritable encyclopédie sur son œuvre, pour y entrer ou pour en approfondir les lectures. 

On y trouve des inédits de l’auteure (textes courts, journaux, correspondance…), une belle série de photographies et des contributions variées et pointues d’une quarantaine d ‘auteurs : un riche pavé grand format de plus de 300 pages avec en prime un très beau poème de Jeanne Cheral. 

Un pavé pour la plage…

Ernaux, Annie – Collectif – Cahier de L’Herne Annie Ernaux – L’Herne 2022 


 

Remise des pendules à l’heure

Christie, Agatha - Les Sept cadrans - Le Masque 2013
Christie, Agatha – Les Sept cadrans – Le Masque 2013

On goûte avec délectation des dialogues désopilants, parfois flirtant avec l’absurde à l’anglaise, dans un roman à l’intrigue étonnante, se moquant des lieux communs du roman policier et donnant une place moderne aux femmes, comme souvent chez Agatha Christie (ce thème peu attendu chez Christie est à creuser dans des lectures critiques, sans doute cela a-t-il été déjà fait).

Belle lecture d’été. 

Christie, Agatha – Les Sept cadrans – Le Masque 2013
 
 

Couleurs du canasson

Christie, Agatha - Le cheval pâle - Le Masque 2013
Christie, Agatha – Le cheval pâle – Le Masque 2013

Belle surprise, ce roman d ‘Agatha Christie ne figurant pas parmi ses plus célèbres : une intrigue brillante y fait s’opposer l’occultisme et la science avec une clé de l’énigme étonnante dans une narration moderne. Un beau numéro.

Bon : « intrigue brillante », « clé de l’énigme étonnante dans une narration moderne », ça sent le lieu commun pour décrire un livre d’Agatha Christie, mais je n’ai pas mieux aujourd’hui pour décrire ce livre plaisant…

Christie, Agatha – Le cheval pâle – Le Masque 2013


 

Grand vent du sud-ouest

Diaz, Carles. Polyphonie landaise précédé de Paratge. Gallimard 2022
Diaz, Carles. Polyphonie landaise précédé de Paratge. Gallimard 2022

Dans cette ample écriture du vent et du sable, il est possible de lire un message dans la couleur des frondaisons, celle dont on se souvient. « Le silence en embuscade dans le piège de la lumière » ne résume pas à lui seul la beauté de ce grand texte à la fois aérien et terrien, offert en vers libres (Paratge) ou en prose (Polyphonie landaise), une œuvre magnifique reprenant au vol, répondant et prolongeant, dépassant le grand souffle poétique du Sud-Ouest, comme celui de Bernard Manciet, par exemple. Un très beau texte poétique moderne. 

Diaz, Carles. Polyphonie landaise précédé de Paratge. Gallimard 2022
 
 

Éternel retour à Nietzsche

Nietzsche, Friedrich - Crépuscule des idoles - Folio Essais 1988
Nietzsche, Friedrich – Crépuscule des idoles – Folio Essais 1988

« Comme le bonheur tient à peu de choses ! Le son d’une cornemuse… Sans la musique, la vie serait une erreur. » et un peu plus loin : « Nous avons aboli le monde vrai : quel monde restait-il ? Peut-être celui de l’ apparence ?… Mais non ! En même temps que le monde vrai, nous avons aussi aboli le monde des apparences ! » 

Certes, on ne le suit pas quand il évoque Dante comme « l’hyène qui versifie sur les tombes » ou George Sand comme « la vache laitière des lettres » mais on avoue que son humour ravageur nous revigore. Pour ceux qui savent lire, à lire et relire en ayant en tête la définition du mot ironie, et en se souvenant du sous-titre du livre : « Comment philosopher à coups de marteau »…  

Nietzsche, Friedrich – Crépuscule des idoles – Folio Essais 1988